Mission d’observation des élections du 1er novembre 2015 à Istanbul (Turquie) : #RetEx

Suite à mes tweets, un court article de témoignage m’a été demandé par Rue89. Mais comme je n’ai pas été assez rapide ni assez concise, je publie chez moi 😀 Merci quand même à Xavier de La Porte et à Rémi Noyon pour leur intérêt : ça m’aura motivé à écrire une « synthèse »…longue 🙂

Pourquoi des élections en ce 1er novembre et quels en sont les enjeux ?

L’AKP de Recep Tayyip Erdogan (RTE), au pouvoir depuis 2002 a perdu sa majorité absolue au parlement en juin (en obtenant près de 41% des voix quand même) et n’ayant pas du tout aimé ça, il a empêché toute coalition et tout travail parlementaire de façon à provoquer des élections anticipées en ce 1er novembre.

Pour l’AKP, l’enjeu est de retrouver leur majorité, seule si possible. Le CHP, soit disant de centre-gauche, mais dont le nationalisme viscéral empêche de réfléchir sereinement à la question kurde, ne pensait sans doute qu’à maintenir ou améliorer son score de 25%. Quant au MHP (parti ultra nationaliste, pour ne pas dire fascisants) et le HDP (« parti démocratique des peuples » nouveau parti pro-kurde ayant rassemblé de nombreux mouvements pour les droits humains, les droits des femmes, les droits des minorités) leur priorité était d’entrer au parlement, c’est-à-dire de dépasser les 10% de voix au niveau national (ce qu’on appelle ici le « barrage », mis en place dès 1983, lors des 1ères élections après le coup d’état militaire de 1980). Ce qui veut dire en clair, qu’à quelques voix près, on peut être bien ou pas du tout représenté à l’assemblée. Même si on fait de très bons scores localement (comme c’est le cas du HDP dans les provinces à majorité kurde), si on est juste en dessous des 10% au niveau national, près de 5 millions de voix peuvent être réattribuées au parti arrivant premier.

Contexte politique des derniers mois

Malgré un cessez-le-feu signé il y a 2 ans (après 10 ans de guerre) et l’ouverture de négociations entre l’État et les kurdes armés du PKK, le gouvernement a multiplié les agressions et relancé la guerre.

La situation des droits de l’homme clairement aggravée, avec un nombre de journalistes et d’avocats emprisonnés atteignant des sommets internationaux. Sans parler des sièges de journaux et de télévisions récemment attaqués ou mis sous tutelle.

La Turquie a commencé récemment à bombarder la Syrie…mais surtout les kurdes du YPG, les vainqueurs de Kobane et pas trop les djihadistes.

Le HDP n’a été autorisé à faire campagne : 600 de leurs membres et sympathisants ont été arrêtés, 300 autres tués, 190 de leurs locaux dont le siège ont été saccagés, leurs meetings ont subi des attentats faisant de nombreux morts et blessés, leur temps de parole à la télé publique réduit à néant face à l’omniprésence de l’AKP à travers le premier ministre et le président de la république…

Élections, fraudes et organisation de la société civile

Historiquement, la fraude électorale n’était pas un sujet d’inquiétude en Turquie. Jusqu’à récemment…D’où la naissance depuis 2014 de plusieurs dispositifs citoyens pour tenter de « sécuriser » les élections et sécuriser les urnes (et la différence est importante, comme on le verra plus loin).

Deux associations sans lien affiché aux partis politiques ont réussi à mobiliser largement : « Oy ve ötesi » et « 140journos ». Ils ont chacun développé des applications web permettant de crowdsourcer les PV électoraux de chaque urne pour les numériser et vérifier ainsi les résultats annoncés par le gouvernement. Ils ont réussi à mobiliser des dizaines de milliers de personnes autour de leur projet titanesque : il y a en Turquie plus de 183 000 urnes.

De leur côté, le HDP et CHP ont chacun développé leur propre dispositif : humain et logiciel. Je ne connais en détail que l’organisation du HDP pour les élections, puisque il a fait un appel à observateurs internationaux et que j’y ai participé à Istanbul en tant que turque naturalisée française en 2008.

Chacun des dispositifs consiste en (1) une formation sur la loi électorale turque dans ces moindres détails techniques, (2) une mobilisation d’observateurs bénévoles dans les écoles où se déroulent les élections, (3) participent au dépouillage. Là où à mon avis « Oy ve ötesi » fait la différence : ils organisent (4) la numérisation manuelle crowdsourcée des PV de résultats pour vérifier les résultats annoncés. Ils transmettent ensuite aux partis les différences constatées. L’heure limite pour contester les résultats est fixée au mardi 2 novembre 15h. Cette année, ce sont 133 000 urnes dont ils ont reçu les PV. C’est à mon avis un travail qu’on peut rapprocher de celui de Regards Citoyens en France, c’est pourquoi j’ai demandé leur aide sur Twitter pour diffuser le lien de crowdsourcing…ce qu’ils ont gentiment accepté :

Être observateur international pour le HDP

300 observateurs internationaux ont répondu à l’appel du HDP, ils ont été répartis dans 19 provinces de Turquie. C’est clairement à l’est du pays que les enjeux sont les plus importants et les situations les plus graves.

À Istanbul nous étions une petite vingtaine, parmi lesquels on pouvait compter des Français du Parti de Gauche, des Grecs, des membres de l’association Amitiés kurde de Bretagne, une Galicienne impliquée dans des solidarités internationales, une étudiante britannique de SOAS travaillant sur la question kurde, une doctorante française travaillant sur les mouvements de femmes kurdes, un membre du Left Summit of Serbia, deux membres de l’European Armenian Federation for Justice and Democracy, une Hongroise étudiante à Istanbul et une étudiante allemande de la Humboldt à Berlin.

Avec une Française, nous avons été affectées à Bayrampaşa, quartier d’Istanbul dont je ne connaissais le nom que parce qu’il y a des prisons aux noms tristement célèbres (voir la carte ci-dessous)

Quartier relativement pauvre, votant majoritairement AKP et où des tensions sont redoutées. Les autres membres de la délégation internationale ont été répartis entre Sarıyer, Başakşehir, Fatih, Bağcılar, Esenyurt, Ümraniye, Sultanbeyli, Beykoz, Eyüp et Küçükçekmece. Uniquement des quartiers périphériques populaires d’Istanbul, avec des populations assez différentes toutefois, mais où le HDP pouvait craindre des pressions.

Nous nous sommes mises en route depuis Cihangir, quartier bobo-hipster-gauchisto-cool, armée d’un sac rempli par mon ordinateur, 3 téléphones portables dont ma ligne française et une ligne 3G turque, les numéros de téléphone d’avocats en accès rapide, les chargeurs et câbles, une batterie permettant 3 recharges et un casque audio ; et l’autre, en mode sac de survie : des fruits secs, des féculents, de l’eau, une mini-doudoune. Parées.

Nous n’avons pu visiter que deux écoles parce que les distances étaient grandes et que nous n’étions pas motorisées. L’ambiance était très différente dans les deux. Nous n’avons pu pénétrer dans aucune classe pendant le déroulement du vote à proprement parler. Nous avons pu assister, d’un peu à l’écart, au dépouillement d’une urne, qui s’est déroulé de façon assez efficace et rapide (en 1h, les 289 voix étaient comptés, toutes vérifications faites, PV remplis et reproduits à la main).

Nous nous sommes toujours présentées comme un binôme observatrice indépendante étrangère accompagnée par moi pour la traduction, nous n’avons jamais sortis nos badges du HDP, ni même mon badge m’autorisant à participer activement en tant qu’observatrice turque (chaque parti a le droit à un observateur autour de l’urne). Le fait que nous étions accueillis par le responsable HDP de l’école ne laissait pas beaucoup de doute cependant.

L’accueil que nous ont réservé les membres du HDP rencontrés dans les écoles a toujours été très chaleureux. Ils étaient étonnés et touchés que nous fassions ça alors que nous n’étions pas kurdes nous-mêmes. Il nous ont dit que c’était essentiel pour eux que nous soyons là (alors qu’on n’avait pas tellement l’impression de servir à quoi que ce soit…), qu’ils se sentaient seuls. Mais ils n’avaient pas peur : il en faut plus pour décourager des gens nés à Diyabakir ou à Mardin.

Le QG HDP au centre de Bayrampaşa reçoit l’alerte que des membres de l’AKP avaient installé un stand et distribuaient des tracts dans une école. Ces bruits courent aussi déjà sur Twitter (ma mère me le signale par sms). On décide d’y envoyer un avocat. En effet, 9 avocats HDP se sont partagés les écoles du district pour la journée. Nous avons demandé à accompagner l’avocat et un commerçant, habitué des lieux. Direction notre 1ère école, Tuna.

1ere école visitée : école Tuna

Dans la cour de l’école, pas de table ni de tracts, mais on aperçoit immédiatement un groupe de 6-7 hommes au pied des marches menant à l’école, portant chacun un stylo jaune-orangé accroché à la veste. Ils sont là, en grappes, bras croisés, comme à surveiller chaque entrée d’électeur. Ce n’est sans doute pas interdit, et c’est là tout le génie de l’AKP, car c’est difficile de dénoncer un stylo même aux couleurs du parti. Mais quand ce signe est porté par des dizaines de personnes au même endroit le même jour, et qu’il est permet aux membres d’un même parti de se reconnaître entre eux, c’est très limite, et à mon avis ça tombe sous le coup de la loi interdisant, aux abords des urnes, ce type de signes.

Ce type de groupes d’hommes et de femmes, voilées pour certaines, nous les retrouverons à tous les étages de l’école, dans les couloirs, à chaque carrefour, et jusque dans les classes. Ils discutent, se font des accolades, se déplacent en groupe quand un élu local arrive (avec cravate orange, évidemment), arborent stylo et parfois foulards jaunes-orangés.

Je décide de filmer pour montrer la situation que je ne trouve pas normale, pour demander un avis, avec mon téléphone. Je ne filme pas dans les salles de vote (seuls les journalistes accrédités ont le droit de photographier et filmer les classes, m’a-t-on prévenue). Là, ils n’aiment pas du tout. On me demande pourquoi je les filme, qui je suis, quel est mon statut.

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Exemple de personnes stationnés dans les couloirs de l’école, arborant le stylo jaune-orangé au col

On commence à s’attrouper autour de nous, avec la collègue Française qui a un appareil photo très visible, on nous bouscule, on perd rapidement notre périmètre de sécurité individuel. Comme je me concentre sur ce qu’on me dit, que j’essaye d’y répondre, certains gestes m’échappent, ils me seront rapportés par notre accompagnateur (le commerçant HDP) et ma collègue : on m’a attrapé le bras, on m’a agité le doigt sous le nez pour accompagner les menacés proférées. Quelqu’un dans la foule nous lance « Arrêtez la provocation, vous faites toujours de la provocation ! » ; un élu local me demande de partir, et me menace de graves problèmes si je n’obéis pas. Je le remercie de ses conseils en souriant, mon sourire l’agace, il m’imite en me demandant d’arrêter de sourire ainsi bêtement. Vous m’agressez physiquement, je suis seule, je fais ce que je peux face à cette foule, hein. La tension monte, on se fait alpaguer de toutes parts, à chaque fois notre ami le commerçant nous tire de là, il m’attrape le bras, essaye de m’éloigner.

Arrive un policier, ou plutôt quelqu’un qui m’ouvre son portefeuille en une fraction de seconde que je suis incapable de traiter, il demande à me parler dans un coin. Je lui dis parlons ici, de toute façon ma collègue ne comprendra rien : elle est étrangère. Mon commerçant veut me tirer de là, je cherche l’avocat des yeux, et on arrive à les laisser discuter ensemble et moi j’y échappe. J’apprendrai le lendemain que les observateurs grecs ont été retenus par des policiers en civil dans une école où ils se étaient là pour observer…

Sans doute par pure provocation à notre intention d’européennes, car le signe est moins marqué/reconnaissable en Turquie, une grande femme blonde au foulard orange et stylo jaune va faire 4 saluts hitlériens en lançant « Nous sommes avec vous » à ses amis. Elle fait partie de la garde rapprochée d’un des élus locaux, et revendique avec fierté son foulard et son stylo : « Filmez-les si vous voulez, il n’y a aucun problème, ce ne sont pas des signes ». Une arrogance appuyée sur une assurance d’être en terrain conquis/chez soi qui donne un sentiment hostile à qui ne partage pas cet enthousiasme.

Enfin, une femme voilée se penche gentiment vers moi pour me conseiller de partir sans faire d’histoire, que cela serait mieux pour moi. Je la trouve presque amicale quand j’aperçois son stylo jaune. Elle s’adressera plus tard à mon accompagnateur commerçant en kurde, lui disant qu’on pourrait avoir de vrais gros problèmes si on continue. Il l’a envoyée balader. L’intimidation dans ta propre langue de minorité, c’est encore plus désagréable.

Pour calmer l’ambiance, et en attendant du renfort, nous sortons de l’école, accompagnés (ou poussés ?) par une petite foule. Finalement on décide de partir pour ne pas mettre les gens locaux en difficulté en ajoutant de la tension. Avec le sentiment très désagréable cependant de laisser le champ complètement libre à l’AKP, champ qu’ils occupent par la force, l’intimidation et le rapport numérique. Je préviens le QG HDP d’Istanbul dont j’apprends le lendemain qu’ils ont envoyé une autre équipe sur place, avec notamment Hatice Altınışık, membre du bureau central du parti, plus aguerris à ce genre de situations. Hatice a contesté oralement auprès de chaque président de conseil électoral (responsable de chaque urne de l’école) le port des couleurs du parti en signe de reconnaissance. On lui a retoqué que ce n’était pas le logo du parti. Elle a demandé alors pourquoi tant de personnes avaient été emprisonnées en Turquie pour seul port du poshi (sorte de keffieh porté dans le sud-est de la Turquie)…

2ème école visitée : école Prof. Muherrem Ergin

Dans cette autre école de Bayrampaşa, l’ambiance est beaucoup plus détendue, les membres de l’AKP portent toujours leurs stylos jaunes, mais ils donnent beaucoup moins l’impression de groupe mafieux ou de gangs criminels dans leur comportement et postures. C’est une école à 33 urnes, le HDP avait obtenue « seulement » 380 voix en juin dernier. Les membres espèrent plus aujourd’hui car ils trouvent que la participation est meilleure. Nous demandons à entrer dans les classes, on nous dit qu’on nous fera observer le dépouillement. Comme tout a l’air de se passer calmement, et en présence de représentants des partis, on n’insiste pas. À partir de 16h30 les sympathisants AKP se commencent à arborer leur grille cartonnée pour noter les nombres de voix. À 17h02 on nous fait entrer dans une classe, on nous installe sur table au bord de façon à pouvoir voir ce qu’il se passe, avec une dame voilée (grille AKP et stylo jaune en main) et un monsieur MHP (qui ne note rien). Plein de gens passent devant la porte et passent la tête pour voir ce qu’il se passe, certains restent.

Aucun problème à signaler dans le comptage des voix et les vérifications successives faites, tout le monde est raccord autour de la table. Rapide, cordial, efficace. 289 enveloppes, 289 votants (=signatures), 286 voix exprimées et 3 nuls. Le responsable HDP du bâtiment passe récolter une copie (signée) des PV de chacune des 33 urnes, le HDP n’arrive qu’à 360 voix, ce qui fait 18 voix de moins que juin, disent-ils, déçus.

Peu à peu les résultats nationaux tombent. Bien avant que les PV n’arrivent aux centres électoraux. J’en déduis que ce sont les partis qui font remonter les infos et les centralisent, mais je n’en sais rien. En tout cas, à partir de 18h à l’ouest, et donc potentiellement encore une heure avant à l’est, les résultats par urne sont disponibles : il suffit de faire une somme à 184 000 termes.

Conclusion

D’après nos observations, corroborées par les autres observateurs lors du débriefing de lundi, le HDP était un peu en mode « profil bas », ne voulait pas faire d’histoire pour des incidents qui ne le méritaient pas. Car il y en avait trop. Et ne voulait pas tomber dans les nombreux pièges tendus par l’AKP.

Je pense que la « sécurité » des urnes était là, mais la « sécurité des élections », pas du tout. Je ne pense pas qu’il y ait une fraude importante au niveau des urnes. Tout s’est joué avant et autour, et peut-être aussi après si comme on nous l’a dit, mais je n’ai aucun moyen de le vérifier, le système informatique où le gouvernement entre les voix et dont il sort les résultats est une boite noire dont on peut facilement manipuler les données. Avant et autour, c’est l’absence de campagne honnête et juste, ce sont les intimidations jusque dans les bureaux de vote, c’est le déplacement des urnes dans l’est pour les rendre inaccessibles aux population, ce sont les arrestations et les assassinats, c’est la présence policière et surtout de la gendarmerie à l’est, ce sont les contrôles d’identité, etc. Vu l’ambiance à laquelle on a assisté à Istanbul, dans un quartier où l’AKP n’avait aucune raison de s’inquiéter du très petit électorat HDP, j’ai du mal à imaginer comment les gens pouvaient tranquillement aller voter HDP dans l’est.

Ce qui est sorti du débrief des internationaux du HDP à Istanbul, on n’a globalement pas été bien accueillis. On nous a souvent demandé souvent ce qu’on faisait là, si on a le droit en tant qu’étranger…Il existe effectivement un flou dans la loi électorale turque sur la place des observateurs internationaux, et ce flou a été utilisé contre nous à toutes les occasions. Les appareils photo ont particulièrement peu été appréciés. L’accueil dépendait aussi des nationalités (ou la consonance des noms) des observateurs. La situation a clairement été bien pire pour les personnes portant des noms reconnaissables comme arméniens. Les deux Grecs ont également été embêtés par la police, interrogés pendant 2h à l’écart…Ce qui est décourageant, ce sont ces mêmes « arméniens » qui témoignaient qu’ils n’avaient eu aucun de ces problèmes lors des élections de juin où ils ont fait exactement le même travail, dans les mêmes endroits. L’AKP était clairement plus tendue depuis la claque inattendue de juin. Et préparée : elle n’a pas reconvoquée des élections avec l’intention de perdre.

Quant au résultat principal du scrutin, à savoir l’obtention de la majorité absolue des sièges à l’assemblée par l’AKP, cela donne à certains un triste sentiment de retour à la case départ. Amertume également de voir le HDP ne pas retrouver ni même s’approcher des 13,6% obtenus en juin. Mais le résultat est là : le HDP est désormais à l’assemblée, et l’AKP ne pourra plus revenir là-dessus.

Et c’est une réussite : passer ce barrage inique des 10%, pour la 2ème fois seulement pour un parti kurde en Turquie, et cela sans avoir eu la possibilité de faire campagne et malgré toutes les agressions et intimidations, devenir ainsi la 3ème force de l’assemblée nationale !

D’un autre côté, certains craignaient que RTE devienne encore plus incontrôlable s’il ne retrouvait pas sa majorité, et que la persécution de l’opposition devienne encore plus violente, donc ils se réjouissent presque de sa majorité absolue. Pour vous dire l’optimisme ambiant. Cette expérience fut donc très enrichissante, mais pas vraiment positive.

 

Logs #turkishelections

Logs #turkishelections

10h J’ai voté à Cihangir. Pas vraiment de queue. Mais on ne me fait pas entrer dans la salle de classe avant que les 2 précédents aient fini de voter (2 isoloirs, 1 urne).

10h45 Départ en tram de Tophane. Changement du tram à Yusufpaşa vers le métro (Aksaray), 5 min de marche dans le quartier, on passe d’une grande avenue à une autre. Achat de sandwichs d’abord.

11h45 Arrivées au bureau HDP de Bayrampasa.

12h15 Départ pour l’école Tuna. Sale ambiance. (voir tweets)

13h45 Appelé depuis la voiture une journaliste française à Istanbul. Echangé sur nos observations. On est d’accord.

14h Retour bureau HDP. Déjeuner (pas moi). 9 avocats mobilisés sur Bayramapasa, chacun ayant 4 à 5 écoles sous sa surveillance. On dit que le MHP n’a pu mobiliser que 30 avocats à Istanbul. On débriefe sur ce matin. Celui qui nous a conduit, adorable, commerçant dans le coin, raconte comment le président de la commune de Bayrampasa et le député m’ont prise à parti, attrapé le bras, et que les HDP responsables du bâtiment nous ont dit « ne nous laissez pas » quand on a dit qu’on partait. Je l’apprends et je suis hyper embêtée. Si j’ai merdé en filmant ces masses de sympathisants AKP qui faisaient du remplissage avec leurs crayons orange, c’est eux que j’ai mis en danger.

15h Départ pour une école où on nous dit qu’il leur manque un müşahit. École « Prof Muherrem Ergin ». Quand on est arrivé, on nous dit que finalement il ne manque personne. Accueil chaleureux par nos correspondants HDP comme toujours dont V, chef de l’école côté HDP. On nous dit que dans cette école il y a 33 bureaux de vote, et « seulement » 380 voix pour le HDP en juin dernier. Mais que la participation est meilleure aujourd’hui.

15h30 Ambiance beaucoup plus détendue ici que l’école du matin : y a du monde dans les couloirs mais pas d’intimidation, pas de types postés devant les portes. Plein de gens avec des stylos orange, mais ça circule.

16h09 V nous dit qu’on commence à dépouiller dans l’Est et qu’on devrait du coup avoir des résultats.

16h30 Les sympathisants AKP se promènent dorénavant avec leur grille cartonnée pour noter les nombres de voix. En plus de leur stylo orange au col de leurs veste et manteaux…

17h00 Des gens sortent des salles de classe et demande à la volée s’il reste des gens voulant voter à tel numéro d’urne. Personne ne se manifeste. Puis annonce que le bureau de vote est fermé.

17h02 On nous fait entrer dans une classe et on nous installe sur table au bord de façon à pouvoir voir ce qu’il se passe. On est 4. Plein de gens passent devant la porte et passent la tête pour voir ce qu’il se passe, certains restent.

17h03 Contenu de l’urne renversée sur 4 tables mises au centre. Comptage des enveloppes par paquets de 10. On arrivent à un total de 289. Et ils avaient 289 signatures. Parfait.

17h10 Le « bureau électoral » appelons le comme ça (sandık kurulu), est constitué de 7 personnes dont 3 femmes, 1 blonde très sûre d’elle, qui se comporte comme la présidente de séance, en bout de table. Alors qu’on croyait savoir que le président du bureau était le monsieur qui nous avais promis de nous asseoir et fait entrer…

17h13 Un mec avec une moustache des films de mafia des années 70 débarque dans la salle, le regard inquiet, demande qui est du MHP ici (« MHP’nin kim ? »). La blonde au bout de la table dit froidement « Burda MHP yok », mais le type sur le blanc à côté de nous se désigne. Le moustachu rassuré, repart.

17h15 Distribution des grilles pour noter les chiffres. Une dame en fait 2 en parallèle (pour être sûre d’avoir sa copie en partant ?), sans doute. Seules 2 personnes notent, les autres ont leurs feuilles devant eux mais ne font rien. Ils se sont répartis les partis. Ceux que je trouve inactifs attendent les voix des partis qui n’ont que peu de voix (je l’ai compris 5 min. + tard, voir 17h20)

17h17 Notre voisin (dont on sait maintenant qu’il est MHP mais ne note rien) se penche vers nous, gentiment et demande si on envoie des choses quelque part (« Burdan seyleri mi yolluyorsunuz siz ? »). Je lui dis qu’on envoie rien nulle part, que ma voisine est une observatrice étrangère et que je traduis pour elle et qu’on ne fait que regarder. Il dit gentiment OK. Elle a bon dos, ma petite française, mais je sais qu’elle est OK. Personne d’autre n’a demandé qui on était, ou alors le président leur a dit….

17h18 Très vite, un premier bulletin qui pose problème : le tampon est sur le sigle du parti et non pas en dessous dans l’espace dédié. La blonde dit qu’il n’est pas valable, veut le mettre de côté, 2 autres disent que c’est valable. En effet, ça ne dépasse sur aucun autre candidat, donc pas de doute sur la volonté de l’électeur, donc c’est bien valable.

17h20 On vérifie que tout le monde est raccord avant de continuer : chacun donne ses chiffres sur les partis. En fait chaque côté de la table coche certains partis seulement. Donc les voix ne sont pas comptés en double pour chaque parti…

17h22 Les gens continuent à défiler devant la porte et nous regarder méchamment fixement, longuement. En tant que féministes à grande gueule, on n’a pas l’habitude de laisser faire ce genre de comportement sans au minimum fixer en retour, mais aujourd’hui on se retient, on est sages.

17h25 Deuxième vérification, tout le monde toujours aligné, on continue. Rigolade sur un nom (candidat indépendant ?), qui n’a qu’une voix. La blonde se demande s’il y en aura 2 pour lui, ça fait rire tout le monde.

17h28 La blonde, après avoir lu un CHP ou un AKP : « Keske bu iki parti arasında olsaymıs, böyle çarsaf gibi bir sey olmazdı »

17h30 Ma voisine voilée porte un pull fuschia, tout le reste est noir et bien sûr son stylo est orange. Elle est hyper sérieuse, ne sourit pas, ne parle pas, ne bouge pas. Je devrais en prendre de la graine. En plus on a les mêmes goûts en termes de couleurs.

17h31 3ème vérification, tout va toujours bien (de ce point de vue là).

17h32 Je fais un calcul rapide : 380 voix sur 33 urnes, ça donne une moyenne de 11,5 par urne. C’est notre espérance 🙂

17h34 Une trace de tampon très vaguement visible sous la case du AKP, mais on ne voit presque rien. Mis dans la pile des « discutables » qu’on va présenter au « directeur de l’école » pour trancher. « Algılayamıyorum », dit la brune qui a l’air d’avoir plus d’expérience que l’autre brune.

17h37 Premier bulletin blanc. Et puis le 2ème, à la suite. Bizarre, mais ainsi.

17h40 Encore des bulletins avec des tampons pas au bon endroit. La blonde : « Bazıları mühürü tam basamıyor… ». Un homme : « Burası yaslı kesim zaten »

17h41 4ème vérification, on est à :

AKP : 105

CHP : 65

HDP : 9

MHP : ? (pas entendu)

Ma voisine de droite, voilée, toujours impassible, pro, irréprochable. Je suis impressionnée. Sarah se demande si c’est pas plutôt de la pression, « parce qu’elle fixe impassiblement la présidente de séance du début jusqu’à la fin. »

17h44 Bulletin avec deux tampons en apparence, mais en fait un tampon sur AKP qui a bavé de l’autre côté, donc c’est bon selon le mec à gauche de la blonde. Je serais de son avis à lui si je pouvais voir le bulletin de près. Mis de côté. Des gens au seuil de la porte de la classe disent que c’est nul. Ma voisine ne bronche pas. Si ça se trouve elle est autiste ou sourde et muette ?

17h47 : 5ème vérification, on est à

AKP : 138

CHP : 77

HDP : 10

MHP : ?

17h50 : FIN du dépouillement

AKP : 158

CHP : 82

HDP : 10

MHP : 20

On s’occupe maintenant des bulletins en discussion. On n’est que 2 à dire que si c’est de la bavure de pliage, c’est pas grave. Mais après un exercice de pliage, on en déduit que c’est pas ça, c’est bien 2 tampons, donc bulletin nul.

Bilan final

AKP : 158 + 1 + 1 = 160

CHP : 82 + 1 = 83

HDP : 10

MHP : 20

Plein d’autres que j’ai pas noté 😀

3 vides + Nuls (geçersiz) 1 => 4 geçersiz

On fait le total = 289. Congruent : « Mutabığız ». « Zarfta mutabığız ». MAIS les discussions continuent…

17h53 Un flic qui porte un haut rouge (police de quelle sorte ??) sur le seuil de la porte à regarder. Sarah me le fait remarquer. Je le regarde. Pas forcément méchamment. Mais il se sent visé, dit à haute voix « Bon ben si nous on ne peut pas regarder, on va y aller », et il part avec son pote.

17h55 Un monsieur (qui nous regardait très méchamment avant) vient demander le carton de comptage de ma voisine voilée. Qui le lui tend sans broncher.

17h58 Discussions autour de la table sur le nombre d’enveloppes du matin et de bulletins de votes. On se dit qu’on a dû mal compter un truc le matin. Donc recomptage des bulletins de vote restant. 390 pusula. Oysaki sabah 389 vardi. En gros. On décide que c’est pas grave, qu’on a dû se tromper le matin et on avance. Bien bien :).

18h01 Distribution des papiers qu’il faut remplir et signer, les fameux « tutanak » j’imagine.

On remplit ce qui suit :

Kullanılmayan 96

Toplam pusula : 390, artan : 101

Geçersiz sayılan oy pusulası 4, sebep : bos (aslında çift damga da var…)

Geçersiz zarf’ta anlasmazlık var…Bence neyin ne oldugu belli degil 🙁 Hesaba katılmayan mi, geçersiz mi ? Kimse bilmiyor…

Ambiance calme, tout se discute calmement.

Seçmen sayısı : 289

On corrige le nombre de « geçerli oy » : 285 (= suffrages exprimés (?))

Sandığa seçmen olarak yazili olmayan ancak bu sandıkta oy veren seçmen sayısı : 17 (?)

Quand j’interagis avec ma voisine voilée, elle répond poliment et avec un sourire tout à fait chaleureux. Jolis yeux clairs et trait coloré en maquillage.

18h10 Le jeune gars barbu et un peu cool dans sa tenue (t-shirt bleu marine manches longues près du corps, jeans, bottes type cowboy) dont on avait fini par comprendre qu’il était du HDP vient nous demander si c’est V qui nous a placées ici. Je dis oui. Il dit que quand il aura le papier signé il nous le donnerait. Mais je dis qu’il faut le donner à V. Il dit OK. P-ê que j’ai mal compris la phrase d’avant, bref, on est d’accord. Il a un fort accent kurde.

18h15 V qui vient chercher le papier. On lui dit qu’on ne l’a pas encore.

18h18 Je ne veux pas quitter la salle genre c’est devenu chiant votre truc il ne se place plus rien, mais bon les gens sont toujours autour de la table à remplir des papiers.

Je demande au jeune HDP de ma salle s’il y a quelqu’un de Oy ve ötesi dans la salle. Il ne les connaît pas. J’en déduis que non.

18h30 On quitte notre salle. On commence à zoner dans les couloirs. Avec plein de gens qui papotent par petits groupes. Ambiance détendue, calme, tout le monde est occupé à quelque chose.

19h08 Pendant que je vais devant l’école pour capter du réseau, et là je vois partir les sacs de voix (Çuval) dans un bus avec 1 personne par sac environ + 2 policiers. Drôle de vision :).

19h05 On continue à trainer dans le couloir. On rassemble les papiers de chaque urne/salle. On est à 276 voix HDP. Car on compare à 380 en juin. Déprime sur les visages. Mais il manque 9 salles dont on n’a pas les papiers. Je prends donc les photos des feuilles pour les envoyer à Oy ve ötesi puisque maintenant je sais que le système de re-comptage du HDP est indépendant de celui de Oy ve ötesi et encore de celui de CHP.

Pas sûre qu’il y ait des enjeux ici, mais bon, ça augmentera toujours leur % d’urnes recomptées…

19h10 On me dit qu’on est à 360 voix pour HDP sûr, ce qui fait 18 voix de moins que juin, disent-ils. Sont adorables, têtes déconfites, tout jeunes, tout adorables, un peu paumés.

– Passage d’un dernier monsieur avec un sac de voix… ?? Le bus est parti sans attendre tous les sacs ?

– On commence à recevoir les 1er résultats de Diyarbakir : 90% des voix. Je demande si c’est pas comme d’habitude. On me dit que non, que c’est plutôt 70% en général. Plus tard on me dit que dans certaines villes de l’Est, il y a 70% pour l’AKP et 40% pour les autres, ça ne tient pas la route, ça m’énerve.

– Quand je sors, j’ai accès à la 3G. Je vois passer des majorités absolues et des 53% pour l’AKP. Je préfère ne pas y croire. Tout en ayant les jambes qui flanchent.

19h50 Départ. Tout le monde quitte l’école. Donc le monsieur devait être la dernière classe à être décomptée. Nos amis du HDP nous remercient encore d’être venus (on n’a rien fait), nous appelant « camarades » (yoldaş), nous saluent chaleureusement.

– En route Sarah m’apprend 2 choses déprimantes (1) que le HDP était pessimiste sur ces élections et que (2) déjà depuis l’attentat d’Ankara, le HDP se plaint de ne pouvoir retenir les jeunes, qu’ils disent vouloir partir prendre les armes à l’est…

– Sarah me conseille de ne pas regarder les résultats et de déprimer seule là où on est. Rentrer chez soi, être avec des êtres aimés avant d’affronter ce genre de choses. Quelle sagesse !

20h40 Arrivée maison. Amis. Je tire la gueule. Manque 7000 voix pour passer le barrage, ils affirment sur CNNTürk que ce n’est rien, que c’est bon, que ça passe. Me paraissent bien affirmatifs, mais tant mieux. Je suis abattue. Mais c’est l’heure de manger, enfin.

21h20 Coup de fil de HDP-Istanbul : débrief demain midi avec tous les observateurs internationaux d’Istanbul.

22h15 Ça doit être comme le deuil, il y a des phases. Maintenant, on commence à positiver : passer le barrage des 10%, cela sans avoir la possibilité de faire campagne, et pour la 2ème fois seulement pour un parti kurde, et ainsi, devenir la 3ème force de l’assemblée nationale : c’est une réussite. Je dormirai mieux avec cette vision des choses. Et garderai dans mes yeux les regards de ces jeunes kurdes rencontrés toute la journée. Il faut savoir que depuis juin, le HDP a eu 600 membres arrêtés, 300 membres tués, 190 locaux saccagés, des meeting attaqués à la bombe et le reste annulés pour limiter les dégâts.

Fin de ce LT/log, merci. Me faudrait un meilleur outil next time. Et désolé pour le bilinguisme naturel que je n’ai pas combattu pour cette fois-ci. J’essayerai de traduire à l’occasion.

À lire également :

  1. L’État de droit, grand perdant des élections turques par Ariane Bonzon sur Slate [fr]
  2. Analyse détaillée de la dynamique du vote kurde [en turc] http://www.birikimdergisi.com/guncel-yazilar/7301/1-kasim-2015-secimleri-ve-hdp-kayiplar-kazanclar-ve-sonuclar
  3. [en] Rapport préliminaire de l’Office for Democratic Institutions and Human Rights de l’OSCE suite à leur mission d’observation de l’élection turque du 1er novembre (en résumé, ils disent que c’était pas terrible)

Demain on vote en Turquie ! #TurkishElections

Demain en Turquie, on vote. Je vais LT ma journée d’observatrice, alors voilà quelques infos préalables.

Pour vous faire une idée : il y a 550 sièges pour une population de 77 millions d’âmes et une superficie 1,5 fois la France métropolitaine.

Contexte de ces élections (rattrapage rapido pour ceux qui dormaient au fond de la salle depuis des années)

Les principaux partis1 en lice demain et les scores qu’ils ont eu lors du scrutin du 7 juin dernier (Pour en savoir plus : https://tr.wikipedia.org/wiki/Haziran_2015_T%C3%BCrkiye_genel_se%C3%A7imleri) :

(ordre alphabétique)

 
AKP CHP HDP MHP
Anciennement dit « islamiste modéré », puis « islamo-conservateur », le parti de Recep Tayyip Erdogan2 est surtout dirigé seul par lui, et il est devenu complètement autoritaire, voire totalitaire. It’s complicated. Historique parti d’Atatürk. Conservateur, vaguement de gauche/progressiste, assez nationaliste, surtout… Tout nouveau parti pro-kurde mais pas que : pro-femmes, pro-droits-humains ; au jeune (42 ans) leader charismatique, un peu notre Tsipras (ils se ressemblent), avocat : Selahattin Demirtas, aussi appelé Selo quand on l’aime bien. Les fachos nationalistes, #en gros, dangereux.
40,9% (-9%)

(258 sièges)

25% (-1%)

(132 sièges)

13,6%

(80 sièges)

16,3% (+3%)

(80 sièges)

Les 13,6% sont un score historique et important : un « barrage » anti-démocratique de 10% au niveau a été mise en place (en XXXX) pour empêcher (en gros) les kurdes d’entrer au Parlement. Car faire 80% dans les régions kurdes et peu ailleurs faisait qu’ils restaient au niveau moyen (national) en dessous des 10%. Du coup les députés kurdes se présentaient de façon indépendante. (Et puis ils finissaient souvent en prison, mais c’est une autre histoire). Donc l’enjeu demain c’est à nouveau de dépasser les 10%. Et puis tant qu’à faire, faire encore mieux que la 1ère fois, moi je dis 15%.

Lors de l’échéance normale des élections législatives de juin dernier, L’AKP n’ayant pas eu la majorité comme il avait pris la mauvaise habitude ces dernières années, ils ont fait la gueule, pas réussi à convaincre le MHP (qui avait tout à perdre) de faire une coalition avec eux, bref, ils ont reconvoqué des élections anticipées pour le 1er novembre, demain.

Le contexte actuel, c’est, en vrac et dans le désordre :

  • L’AKP est au pouvoir depuis 2002. Au début on les appelait « islamistes modérés » en France (whatever that means), puis « islamo-conservateur », mais maintenant on parle surtout de « dérive autoritaire », et c’est assez flagrant. Erdogan, aussi appelé RTE est devenu le 1er président élu de la République (PR) turque, élu dès le 1er tour en août 2014, après avoir été trop longtemps PM (depuis 2003). Normalement le PR a peu de pouvoir en Turquie, mais RTE est en train de s’arranger ça, justement….
  • Depuis le mois de juin, l’opposition en général mais surtout le HDP n’a pas pu faire campagne : leurs bureaux ont été saccagés à de nombreuses reprises, leurs meetings ont subi des attentats (accusé : EI, mais ne revendique pas, voir les articles de Guillaume Perrier sur le sujet dont http://www.tdg.ch/monde/adiyaman-ville-turque-daech-recrute-serenite/story/14925396), beaucoup de pertes humaines, difficile de remettre en danger autant de monde, pas la capacité de se protéger, et on ne peut pas compter sur les forces de l’ordre (aux ordres de RTE)…
  • Une guerre contre les kurdes qui est repartie malgré un cessez-le feu qui avait été signé il y a 2 ans (après 10 ans de guerre) et l’ouverture de négociations entre l’État et le PKK… (lire https://fr.wikipedia.org/wiki/Turquie#Bilan_.C3.A9conomique_du_conflit_avec_le_PKK)
  • Il y a 2 millions de réfugiés syriens dont 300 000 dans des camps…
  • La situation des droits de l’homme clairement aggravée…Lire http://fr.rsf.org/turquie-la-liberte-de-l-information-15-10-2015,48443.html et https://www.amnesty.org/fr/countries/europe-and-central-asia/turkey/report-turkey/
  • La Turquie a commancé récemment à bombarde la Syrie…mais surtout les kurdes et pas trop l’EI/Daesh. La Turquie a laissé passer des armes vers les djihadistes en Syrie et en Irak. Motivation principale : on parle de haine de RTE contre Assad, son envie de dominer politiquement le coin, sa peur que les Kurdes prennent de la force.
  • La croissance économique a baissé à environ 3-4% récemment après avoir flirté avec les 10% dans la 1ère décennie 2000…(lisez https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89conomie_de_la_Turquie)

Et si on remonte un peu :

Pour en savoir plus, il faut lire 🙂 Commencer par https://fr.wikipedia.org/wiki/Turquie

Elections turques, fraudes et auto-organisation

Historiquement, pas trop de soupçons de fraude dans les élections en Turquie. Jusqu’à récemment…D’où la mise en place très récente de plusieurs dispositifs pour tenter de sécuriser (c’est le mot utilisé) les élections.

On peut distinguer les dispositifs associatifs/société civile/ONG/se disant neutres et ceux des partis. Dans le 1er groupe, 2 importants : « Oy ve ötesi » et « 140 journos ». Dans le 2ème, je ne connais que celui du HDP car je voterai pour eux et que j’en fais partie (du dispositif, pas du parti).

Deux mots sur chacun.

Oy ve otesi

http://oyveotesi.org/

Ils racontent que c’est parti de 8 potes qui se sont organisés pour le 30 mars 2014 pour les élections locales car il fallait commencer avec un objectif simple et concret. Depuis ils se sont montés en association. Tiennent beaucoup à tous les contrôles et approbation( des comptes ?) qu’ils ont eu. S’affichent neutres et sans appartenance politique.

Que font-ils ?

1/ Formation des observateurs qui surveillent le déroulement des élections de 6h45 à 17h (bureaux de vote ouverts de 8h à 17h dans les villes de l’Ouest du pays, de 7h à 16h à l’Est sans doute parce que le soleil se lève et se couche vraiment plus tôt) puis participent au dépouillage. Formation (Sandık Müşahidi / Gözlemcisi Eğitimi – Oy ve Ötesi) https://www.youtube.com/watch?v=zF2-SE1KfPs

2/ Ont mis en place un site de numérisation des « tutanak », documents sur lesquels sont écrits à la main le nombre de voix de chaque parti. C’est de l’OCR non humain : le système valide le résultat d’une urne si 3 personnes y lisent la même chose. Valident ainsi une bonne proportion des urnes…Et mettent à jour des problèmes. Qu’ils transmettent aux partis et avocats. Deadline pour contester les résultats électoraux : mardi 15h.

En théorie ont besoin de 175 000 observateurs pour 175 000 urnes. En pratique, ont un réseau de 40 000 personnes (à vérifier). Super beau boulot.

140journos

Je ne connais rien de plus que cet article d’Ariane Bonzon qui sait toujours bien de quoi elle parle http://www.slate.fr/story/87347/turquie-opposition-geek (et quelques dm échangés avec eux sur Twitter les derniers jours, mais rien de concret n’en est sorti, ils devaient être débordés).

Dispositif de sécurisation des élections du HDP

Venons-en au HDP. Le HDP a fait (1) un appel à volontaires de nationalité turque pour passer la journée à surveiller les élections via ce site (http://www.barajlariasdagel.org/) et (2) un appel à observateurs internationaux que j’ai reçu par mail par Julien Bayou suite à son tweet (qui m’a été signalé par je sais plus qui mais je vais compléter tout ça dès que j’aurai un peu le temps. AHEUM.)

Invitation observateurs in_fr (PDF)

Voilà donc où je suis. Je vote le matin. Puis je pars avec la française qu’ils m’ont confiée (qu’il se trouve par hasard je connaissais de Paris, mais ça ne doit pas tout à fait être du hasard), mais sans une journaliste indépendante qui devait venir mais a dû rentrer en urgence en France. On est affectées à Bayrampasa dont je ne connais le nom que parce qu’il y a des prisons là-bas, où je ne suis jamais allée et sans doute jamais passé. (Rappel : Istanbul fait 100 km x 50 km environ)

(et vous voyez c’est même pas à une extrémité de la ville) (moi je suis vers Taksim, pour ceux qui ont suivi les épisodes précédents)

Best of des types de fraude auxquels on se prépare/contre lesquels on s’organise

  • Faire voter des morts (remplacés par des Syriens, au hasard)
  • Te filer une enveloppe avec un bulletin pré-tamponné au nom d’un parti
  • Te filer une enveloppe avec des trucs dedans ou dehors qui va le rendre nul
  • Aider un invalide ou vieux ou analphabète à voter en l’accompagnant dans l’isoloir : une personne ne devrait accompagner qu’une seule personne dans la journée.
  • La même personne qui vote plusieurs fois
  • Déclarer nul un vote ou déclarer recevable un vote nul
  • Coupure d’électricité pour mettre le bordel pendant le comptage des voix. Recommandé : se coucher sur l’urne et ne plus bouger. Si les voix étaient déjà sorties et étalées sur la table, c’est plus difficile. Moi je dirais : avoir une lampe torche !!
  • Inscrire de faux chiffres sur les relevés
  • Remplacer les sacs de bulletins de vote pendant le transport entre les bureaux et les centres régionaux

(autres) Irrégularités à surveiller

  • Flics ou militaires dans l’enceinte du bureau de vote ou à moins de 150m, voire intimidations ou contrôles d’identité
  • Empêcher les observateurs d’entrer dans le bureau de vote/d’observer
  • Refuser d’enregistrer les plaintes/observations des observateurs dans le cahier prévu à cet effet au niveau de chaque bureau de vote (ou chaque urne ?)
  • Refuser de donner à l’observateur l’original du relevé de comptage
  • Remplir au crayon à papier le relevé (puis effacer/changer)
  • Faire péter des pétards, jouer le davul-zurna très fort dans les rues pour disperser l’attention des dépouilleurs. Consigne du HDP : aucune festivité entre dimanche soir et lundi matin, ça rigole pas.

Spécificités du vote en Turquie par rapport à la France (à vérifier)

  • Le vote des « Kolluk kuvvetleri » (forces de l’ordre) Ont un document sur eux (Örnek 142 belgesi) qu’ils doivent utiliser pour voter là où ils veulent (a priori, là où ils sont de garde) et doivent le donner au président du bureau de vote donc ne peuvent pas revoter. Donc ne doivent pas voter sans (là où ils sont inscrits, par exemple –d’ailleurs ça doit augmenter le nombre d’absentions ?).
  • Les tampons sur les enveloppes et bulletins de vote…
  • Destruction par le feu d’enveloppes surnuméraires au moment du comptage !

Capture d’écran 2015-10-30 à 21.51.48

Je vous jure que c’est pas une blague, mais je vous expliquerai plus tard : là je dois dormir.

En route !

On a eu une formation par le HDP avec une des avocates du parti. Plus la formation que j’ai suivi en ligne de oy ve ötesi, j’espère être parée. A boire, à manger, 3 téléphones, une batterie de rechange, de la 3G, un ordi (ou pas, j’hésite encore), des câbles, casque audio, numéros de téléphone d’avocat. Des sous. Des fringues chaudes. Des chaussures confortables. Et c’est parti ! Vive le HDP, vive une Turquie démocratique et accueillante !

Notes
  1. Note : Un jour je ferai un tableau à double entrées, où on aura un résumé de la position de chacun des partis principaux sur ces quelques sujets-clés : économie (laisser tout pouvoir au marché ou pas), social (laisser crever les pauvres ou pas), question kurde (nationalistes ou pas), questions de société (voile, avortement, gays, Gezi, etc.), Europe (favorables à la candidature de la Turquie ou pas). (rajoutez vos questions en commentaires). Mais là j’ai pas le temps, je viens juste d’avoir l’idée. []
  2. on prononce Rédjeppe Taillippe Aire-Do-anne []

Une rupture de plus : le procès des policiers #ZyedEtBouna

Un choc pour moi. Un sentiment d’isolement (un de plus) avec des gens que je fréquente par ailleurs, sur Twitter ou ailleurs… Une rupture de plus, pour la France, et de moi avec le monde…

Éclipse du 11 août 1999 : que faisiez-vous ce jour-là ?

Nous avons raconté une jolie histoire collective avec nos souvenirs du 11 septembre, et comme ces jours-ci, on parle beaucoup de l’éclipse (partielle) du soleil à venir vendredi, je me suis souvenue de celle de 1999…ou plutôt celle d’un été il y a de nombreuses années, mais je n’aurais su la dater aussi précisément…1999, peut-être, car je me souviens m’être racontée des bêtises superstitieuses après le violent tremblement de terre quelques jours plus tard à Istanbul ((en fait il a été bien plus mortel hors d’Istanbul, mais dans ma tête, parce que j’y étais, c’est le tremblement de terre d’Istanbul)); mais j’aurais été incapable d’en donner le jour précis. Donc, une première différence avec le 11 septembre. Mais est-ce que le 11 septembre, n’est pas devenu le 11 septembre parce que les Américains ont fait une date icônique du nine-eleven ?

J’étais à Istanbul comme souvent pour les « grandes vacances », entre ma maîtrise de bio et mon DEA de bio, un été un peu glauque où j’avais appris le cancer de mon père « adoptif » qui refusait de se soigner (il est mort en octobre), où j’ai fait une « croisière » en bateau dans le sud de la Turquie (…), et où je n’avais pas eu le courage d’aller jusqu’à Zonguldak où je savais pourtant que l’éclipse allait être totale, parce que c’était une ville qui dans ma tête ne me faisait penser qu’aux mineurs et aux explosions de grisou de mon enfance1, Zonguldak qui est sur le bord de la Mer Noire, à seulement 150 330km2d’Istanbul, mais je me voyais mal débarquer dans une ville minière seule, je ne pense même pas que j’avais des lunettes spéciales (en tout cas je ne me souviens pas de l’achat ni de l’usage). J’ai regretté de ne pas y être dès le matin du jour de l’éclipse, où j’ai soudain réalisé que c’était trop bête, et pas si compliqué. Et j’ai été complètement achevée quand j’ai su que l’Observatoire de l’Université de Boğaziçi s’était « déplacée » ce jour-là à Zonguldak, point le plus proche d’Istanbul où l’éclipse était à 100%. Ma vie est (aussi) une somme d’hésitations, de flemmes, de ratages et de regrets.

Capture d’écran 2015-03-19 à 10.09.12

Donc bref, voilà pourquoi je me retrouve à Istanbul ce jour-là, et je me trouve sur la Place de Taksim (celle-là même des événements de juin 2013), au coin de la rue Osmanli (qu’on appelle communément Kazancı Yokuşu, notamment quand on parle du massacre de la place Taksim le 1er mai 1977, jamais compris…), peut-être parce que je sors d’un cours de gym dans le feu centre Vakkogym (locaux désormais occupés par TeknoSA)…

Capture d’écran 2015-03-19 à 00.28.31

Je me souviens d’une belle journée ensoleillée, et à l’heure fatidique, une étrange baisse de la luminosité, qui ne ressemblait ni au passage d’un nuage, ni au coucher du soleil, accompagnée d’un rafraichissement soudain de l’air, une atmosphère très bizarre sur la place, comme si tout les piétons((la place était encore très motorisée à l’époque) était au ralenti, à essayer de profiter de ce moment. Je ne me souviens pas d’oiseaux qui auraient arrêté de chanter : je ne suis même pas sûre qu’on entende les oiseaux (les pigeons et tourterelles) chanter en temps normal sur cette bruyante place. Je ne me souviens pas non plus avoir été entourée de gens qui avaient des lunettes : je les aurais sans doute empruntées ?

Aujourd’hui je n’arrive pas à retrouver le % de l’éclipse, mais c’était dans les 95 à 98% il me semble (et 2% de Soleil suffit largement à éclairer une ville, il n’a pas fait nuit, ni même presque), mais en recherchant l’info sur internet, je tombe sur plein de sites qui citent les astrologues : attention au risque de tremblement de terre violent dans les jours suivant l’éclipse, comme en 1999. Quel métier d’utilité publique:)

Si je vous raconte tout ça, c’est juste un prétexte pour vous demander de raconter votre dernière éclipse solaire !
PS. Oui le plugin de notes de bas semble cassé, on s’en occupe demain:)

Tweets pendant que je rédigeais l’article…et après…:

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Notes
  1. en fait, j’ai sans doute inconsciemment aussi été marquée par les grandes grèves et marches de 1991 []
  2. j’ai toujours pensé que c’était à 150km d’Istanbul, ce qui rajoutais à ma déprime de ne pas avoir eu le courage d’y aller ce jour-là []

Mes bonnes adresses à Paris : une carte pour vous

je me demande soudain pourquoi je n’ai jamais pensé à publier ça ici plus tôt…bref, maintenant, c’est fait, vous ne pourrez plus dire que vous ne saviez pas où manger ou acheter des chaussures à Paris.

(bien sûr l’idée, depuis que j’en ai entendu parler pour la 1ère fois, est de migrer sur OpenStreetMap, mais voilà, je procrastine)

Mon commentaire sous l’article « La suite » de Daria Marx sur l’antisémitisme

Daria Marx (pseudo) a publié un des plus clairs articles sur l’attentat antisémite de vendredi 9 janvier 2015 à Vincennes (ou porte de Vincennes), le lendemain. On m’a signalé l’article le 12, j’y ai soumis un commentaire, et en parallèle1, je l’avais enregistré car je sais que les blogs ne te recrachent pas ton commentaire quand il n’est pas validé par l’admin. Comme il n’a pas été validé, je le publie ici2.

La phrase « Il faudra supporter que les vies enlevées à Vincennes sont moins glorieuses que celles enlevées à Paris. » entre en résonance chez moi avec la très grande différence de perception et accueil réservé aux rescapés juifs des camps de concentration et d’extermination par rapport aux héroïques prisonniers à leur retour à la Libération. Très bien raconté par Virginie Linhart dans La Vie après que je vous recommande vivement (livre). Et le docu qui va avec : http://www.ina.fr/video/4173099001.

Merci et bravo pour cet article qui me touche beaucoup (sauf la partie sur Charlie que je lisais depuis 20 ans malgré des coups de colère à partir de 2012-2013), encore une fois : droit dans le mille.

Par ailleurs, pas rancunière pour une fois, j’ai fait la promo de l’article, car il le mérite, il ne faut pas juger la littérature au caractère, parfois de cochon, de leurs auteurs :

Et

Et enfin

Notes
  1. cette personne, qui écrit terriblement bien sur son blog, est aussi très agressive sur Twitter, et elle m’avait agressée violemment plus d’une fois et bloquée, donc j’ai pris mes précautions. C’est triste, mais le monde est ainsi fait, notamment rempli de gens qui se trompent de cible…Tous (il manque celui de ce matin, je ne comprends rien…) mes tweets la mentionnant, d’après les archives de Twitter []
  2. genre il est trop trop essentiel []

Istanbul Feminist Collective à Erdoğan : « We do not care about fıtrat ! »

ça tourne actuellement par mail, je ne vois pas de site où c’est publié1, alors je décide de le publier

« 

Erdoğan is right! We do not care about fıtrat2 !

One day before 25 October Erdoğan made a statement about the difference of nature or disposition (fıtrat) between women and men. Previously, he had stated that he did not believe in equality between women and men due to their dispositions. We replied to this statement by saying that “the more you tell us not being equal with men, the more we get killed.”

On the International Day for the Elimination of Male Violence against Women we have a lot to say about what we have gone through in the last twelve months. Erdoğan’s words one again clearly depict what we are living in.

By using the term fıtrat Erdoğan naturalizes gender roles as if these were an unchangeable law. According to this, women are supposed to get married, do the housework, bear children, and carry out child and elderly care. Also, women are expected to join the labor market only through jobs that fits them, that is jobs that are ‘feminine’, preferably part-time, flexible and insecure.

Male violence against women is the outcome of actual inequality between genders. Men apply violence to women to control women’s bodies, labor, and identities and to consolidate their authority. There are many forms of violence: Men slap us, kick us, humiliate us, and forbid us to work, harass us verbally, rape us, and hinder our success at work. Violence sometimes starts with a slap, at other times with a humiliation or a simple “I don’t want you to see those people” and sometimes ends with the killing of the woman.

Once the gender roles are fixed, it is forbidden to leave the marked territory. By offering fıtratas an excuse in a country where femicide is a daily routine, Erdoğan becomes the perpetrator of women killings. He legitimizes the punishment and the killing of women.

It is this very state which insists on fıtrat, protects the family rather than the women with its showpiece laws, looks for the consent of women in cases of rape, releases verdicts of “unjust provocation” and supports the ISIS which has given a rape fetwa against women.

Erdoğan is right. We do not care about fıtrat. We reject the gender roles imposed on us by the patriarchy. We do not think that we have to bear children simply because we can. Nor do we think that we should carry out child care once we have. We know that family is not the only means to exist and different solidary forms are possible. We never lose our faith in a world where women and men are equal. We fight for equality, justice, and freedom.

The only way to achieve real justice, not male justice, is equality. It is obvious that the statements and policies which are based on the idea that women and men cannot be equal represent an attack on women’s freedom. Therefore, we make a call for more women’s solidarity and organized struggle against the policies of the President Erdoğan and the AKP which sharpen gender inequality.

Long live our feminist struggle!

Istanbul Feminist Collective (feministler chez gmail point com)

« 

Notes
  1. publié sur Facebookhttps://www.facebook.com/istanbulfeminist/posts/376961839135125 []
  2. An Arabic word with Islamic roots which describes the ‘pure’ and ‘natural’ human disposition. []

Polars à lire : vous me conseillez quoi ?

J’ai réalisé il y a peu, après plus de 30 ans de lectures diverses, qu’en fait ce que j’aime vraiment lire, ce sont les polars.

À l’école/collège/lycée (donc au CDI !), j’ai lu beaucoup d’Agatha Christie, et un peu plus tard, beaucoup de Sherlock Holmes / Conan Doyle, puis, convaincue (par qui ?) que ce n’était pas de la grande littérature, mais pas que pour ça, je me suis détournée des polars. En passant à côté de grands classiques, et de contemporains.

Pendant plus d’une décennie (20 ans-35 ans, en gros), j’ai affirmé ne lire presque que des essais, et très peu de fiction. Dans essais, je mets tous les livres de socio-philo-histoire des sciences, des livres politiques, des livres de socio-philo-SHS, etc.). La proportion de livres chez moi le prouve toujours. Je ne garde d’ailleurs que très peu de livres de fiction : ceux que je n’ai pas encore lus (souvent offerts), et ceux que je veux vraiment garder après les avoir lu car j’y tiens (soit parce qu’offerts/dédicacés soit parce que lu avec émotion/plaisir) : Dürrenmatt, Kafka, Kundera1, Beckett, Duras, Dahl, Gavalda, Auster (quasi polars !), Schlink (polars !), Vargas (polars!)…

Et soudain, cet été, après avoir enchainé depuis la rentrée dernière, avec bonheur et donc vitesse (alors que je lis très lentement) 2 polars de Vargas et 2 de Philip Kerr (prêtés par une copine qui a décidé que c’était pour moi, et elle a visé juste), et m’étant ennuyé à mourir sur 2 livres qui me sont tombés des mains (Vendredi de Heinlein, offert par l’ami Jean-No dans le cadre de la touchante opération « Il faut faire une culture SF à Elifsu, c’est plus possible autant de lacunes » lancée sur Twitter par je ne sais plus qui ; My fist Sony de Benny Barbash, j’ai compris, soudain, qu’en fait, mon truc, c’est les polars. Alors pourquoi se faire du mal avec autre chose ?

Alors, vous me conseillez quels polars ?

1ères réponses reçues sur Twitter, sous un angle particulier de chercheurs-publiant-des-polars-qu’il-faudrait-lister-un-jour, en partant de mon ami de prépa Colin Niel, à mon échographe Eric Nataf, et je viens de découvrir Vincent Boly parce que 3, c’est déjà une foule !

 

 

Notes
  1. erreur de jeunesse, à mon avis, mais bon, pas encore décidée à les virer []
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