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La Turquie qui ne me manque pas #TraitresseALaPatrie

Article dans la série La France que j’aime et La France que je n’aime pas. Le pendant : La Turquie qui me manque.

  • Les mecs qui te matent dans la rue et te tripotent dans le métro et dans le bus et partout où ils peuvent. Le harcèlement par la parole, les regards, les mains. Rien à voir avec de la drague. Ne JAMAIS confondre ce comportement odieux et la drague.
  • Les journalistes télé et presse écrite qui écrivent dans un très mauvais turc (la langue). Même moi qui n’ai jamais appris à lire ni écrire de façon scolaire (mais toute seule, je sais pas bien comment, mais bon, c’est phonétique, et je devais baigner dans un bon milieu), je suis très gênée à la lecture.
  • Le fait que les gens doivent hurler leur nom quand ils sont embarqués par la police car ils pourraient bien « disparaître » malencontreusement (voir la scène troublante du film  De l’autre côté de Fatih Akin)
  • Les fonctionnaires du consulat turc de Paris qui sont capables de dire « Mais vous n’êtes pas turc/que, alors ? » à quelqu’un sous prétexte que « son nom ne sonne pas turc ». Ça peut arriver à des Juifs, Grecs, Arméniens de nationalité turque. Donc turcs.
  • Le fait que les gens se croient permis de tripoter les bébés et gamins croisés dans la rue comme s’ils étaient des objects publics.
  • Le fait que les gens pensent que tu ne vas pas les voir te passer devant dans la queue, l’air de rien (soyons désinvoltes).
  • Le fait que les gens ne pensent pas souvent à s’excuser s’ils sont amenés à te toucher accidentellement dans l’espace public. Les gens te bousculent facilement, dans la foule, et semblent trouver ça normal.
  • La conduite des chauffeurs de taxi : à en avoir la gerbe et la frousse en même temps. Sans parler du fait qu’ils ne connaissent pas les adresses. Même les plus centrales d’Istanbul.
  • Le kitsch des fringues de bébé.
  • L’incapacité à dire « je ne sais pas » des gens qui ne connaissent pas l’adresse que vous leur demandez. Le fait qu’ils vous envoient dans une fausse direction sans état d’âme.
  • Le sentiment de non-État de droit que tu as en permanence.

(liste en perpétuelle révision. Non, ce n’est pas traçable, si vous avez une meilleure solution, partagez-la)

La Turquie qui me manque #homesick

Article dans la série La France que j’aime et La France que je n’aime pas. Le pendant, la Turquie qui ne me manque pas.

  • Toutes les bonnes choses à manger. Surtout à Istanbul. Oui, ça mériterait un article à part, voire plusieurs.
  • Le fait que les gens soient politisés, beaucoup plus qu’en France. A milieu à peu près égal (= ceux que j’ai fréquenté). Plus proche de l’Amérique Latine, d’après des discussions avec des Mexicains et Argentins.
  • Les gens qui feraient tout pour vous aider. Le sens du service, de l’accueil, du partage (de ce qu’on a à manger, par exemple, dans un bus, par exemple, avec ses voisins).
  • Les phrases du type « kolay gelsin » (littéralement « que cela te/vous soit facile »), « geçmis olsun » (« que cela passe vite »), « eline saglik » (« santé à tes mains »), etc. Du coup c’est très difficile pour moi de passer à côté de quelqu’un qui travaille (dans la rue, par exemple) sans lui dire « bon courage », de voir un ami malade et de ne pas lui dire « bon rétablissement » (mon dieu que c’est lourd), de manger un plat sans féliciter le cuisinier, etc.
  • La langue hyper imagée avec plein d’expression rigolotes (que je connais très très mal en fait). Un peu comme le judéo-espagnol.
  • Les chats dans les rues à Istanbul (je connais mal le reste de la Turquie). Les petites cabanes en carton et les bols de croquettes et d’eau déposées aux coins des rues de Cihangir…Jamais vu autant de chats en Europe, sauf en France.
  • L’humour très particulier, que je ne saurais décrire, une forme de naïveté, d’absurde et d’autodérision…Promis je vous propose des exemples dès que j’en trouve ! Türk mantigi, türk esprisi, türk kafasi…
  • Les dolmuş, qu’on traduit par « taxis collectifs » en français. Je me dis que les shérout israéliens datent de l’époque ottomane, mais je n’en sais rien. Il y a des itinéraires pré-établis. On peut descendre n’importe où sur le chemin et on paye en fonction de la distance. Quand j’étais petite, à Istanbul, c’étaient des vieilles FORD et plein d’autres sublimes voitures. Ils ont profité que j’avais le dos tourné dans les années 90 pour les virer toutes, du jour au lendemain. J’en veux personnellement à chaque stambouliote de ne pas s’être révolté contre ça. Et de ne pas m’en avoir mise une de côté.

http://www.peterloud.co.uk/photos/Turkey/Turkey_4.html

  • Tout a une solution. On se débrouille, on se démerde, on trouve une solution. On est moins fataliste qu’en Europe. Parce que le droit est moins bien fixé, peut-être. Reste une part de flou, de négociation possible. Sauf avec l’État. Enfin, sauf si vous avez beaucoup de pouvoir, et/ou du fric. Donc ce point a du bon et du mauvais, en fait. Demokrasilerde çözüm tükenmez.
  • La possibilité de manger et de boire à toute heure du jour et de la nuit [à Istanbul]. No comment. Mérite un article à part. Explique beaucoup de mes exaspérations parisiennes à crever la dalle à 14h ou à 22h, quand on refuse de vous servir.
  • On répare encore tout. L’avantage de faire partie du Tiers-Monde, et/ou d’avoir une main d’œuvre pas cher, d’être un pays pauvre et membre de la société de consommation depuis moins longtemps que l’Europe, c’est que tout se répare. Une lampe, un parapluie, un sac dont la fermeture Eclair est cassée, une valise, une chaise, un étendoir à linge, les chaussures, l’électroménager même petit, bref tout ce que vous auriez jeté ici. Explique mon allergie à l’obsolescence programmée ou non. Bon, mon grand-père né en 1898 a aussi joué là-dedans.
  • La beauté et le bon goût des fruits et légumes. Bon, j’ai quitté Istanbul en 1994, et apparemment, la situation est moins idyllique que dans mes souvenirs. La Turquie réalise chaque jour son rêve de rattraper l’Europe, et l’imite dans ses pires conneries, au nom du progrès et de la modernité. Les pesticides, c’est connu que les pays du Tiers-Monde font plutôt encore plus n’importe quoi que les pays plus riches, mais je ne sais pas comment, les tomates avaient du gout, les fraises aussi, les pêches, les abricots, les courgettes et les poivrons fins, etc. Et déjà quand j’étais petite, mère et grand-mère râlaient sur telle variété qui avaient disparus, telle autre qui n’avait plus le même parfum…
  • Istanbul, c’est le poisson frais. Le poisson qui a une tête et une queue et s’installe entier, de bout en bout, dans votre assiette. Miam ! Incomparable. Grillés. Sans rien d’autre. Pas de riz, pas de sauce. Certes plus cher que tout le reste, mais beaucoup plus abordable (proportionnellement) qu’à Paris (à vérifier…). Pas des tranches fadasses de poissons congelés arrivés d’Atlantique…

  • Le kaymak. Là, c’est pas un article à part que ça mérite, c’est un bouquin, que dis-je, un cap, une péninsule, une encylopédie.

En gros, pour faire vite, c’est de la crème (pas fraîche, mais le truc qui monte au dessus du lait quand on le fait cuire, je crois), essentiellement fait de lait de bufflonne (sujet à débat : tout le monde met-il du lait de bufflonne, etc.). Se met sur les baklava, notamment, pour les alléger (si, si). Et mon dessert préféré, le « meyhane tatlisi » : une banane coupée en rondelles, du kaymak, des noix pilées, et du miel (de pin). Léger, sain. Le kaymak se trouve plus difficile l’été, et est le seul aliment turc qu’on ne trouve pas en Europe. Ça voyage très très mal, même en avion, faut le manger le jour-même. Du coup, j’ai l’intention de monter un élevage de bufflonnes pour en produire localement. Ou retourner m’installer en Turquie, parce qu’il y a des limites au malheur alimentaire.

  • Les gens s’y connaissent beaucoup plus en goût de l’eau. Faute d’être de bons producteurs de vin ?
  • Faire ensemble le helva à la mort d’une personne aimée. On se relaye à la cuisine pour donner un coup de cuillère à la cuisson de ce plat long et fastidieux et délicieux. Ici, ils ont écrit « halva », ça sonne pas très bien en turc, on dit plutôt « helva » (euphonie). Et ils parlent de helva de farine, moi je ne les ai vus que de semoule, dans ce contexte de mort. Je trouve le rituel très beau, et le résultat très bon. Du coup, il ne faut pas attendre les décès pour le faire.
  • Les enterrements, rassemblements sociaux et mondains, inratables sauf excuse costaud. En France, j’ai connu des gens ne pas aller aux enterrements des parents de leurs amis, pour ne pas gêner, par discrétion, ou pour des causes qui me dépassent totalement. Une sorte de pudeur sans doute qui me met tout à fait mal à l’aise.
  • Trouver des taxis facilement et ne pas payer la peau des fesses [Istanbul]. OK, sauf quand il pleut ou qu’il neige. Et sauf les 2 heures autour de la tombée de la nuit pendant le mois du Ramadan (les gens rentrent chez eux pour manger, et les rues sont désertes). OK, du coup, les taxis sont tout pourris, pas du tout les BMW de Paris. Et ils conduisent mal. Et ils ne connaissent pas les adresses. Mais au moins vous rentrez chez vous facilement de n’importe où à n’importe quelle heure (essayez de trouver un taxi à Bastille ou Pigalle entre 2h et 4h du matin).
  • La vie nocturne à Istanbul. Ah, ça aussi, ça mériterait un article/livre/guide. D’ailleurs il y en a plein depuis que je suis partie. Tous les guides un peu branchés vous conseillent d’aller faire la fête à Istanbul. Vu de Paris, c’est sûr que c’est un peu la folie. Et encore, c’était déjà beaucoup plus la folie que Paris dès 1992-1994, et depuis, les possibilités, le nombre de bars/restos semble s’être multiplié par 10 ou plus (d’après ce que j’aperçois quand j’y passe + d’après ce que je lis dans les guides type TIME OUT Istanbul). Ce qui explique largement pourquoi je me fais chier depuis 18 ans à Paris et pourquoi je râle autant au sujet de la vie nocturne inexistante ici. Ou alors on m’invite jamais nulle part. En tout cas je n’ai pas eu ce problème ni à Berlin ni à NYC que j’adore notamment pour ça. Y compris seule.
  • L’épilation au caramel. En fait, depuis mon départ, la Turquie n’a pas arrêté de se moderniser, et a adopté avec beaucoup de fierté la cire à l’européenne, ce machin qu’il faut étaler en 10 fois sur une demi-jambe pour vous épiler. « Avant », on faisait ça à la sauvage, assise sur une chaise, chez le coiffeur (dans une pièce à part, hein) (où on fait aussi la manucure et la pédicure). Pas d »esthéticienne », pas besoin de se coucher. Ça durait 10 min. En 4 coups de bandes, c’était fait. Après vous avoir étalé, avec un couteau (du type couteau de cantine) ou une cuillère (du type cuillère à soupe de cantine), un caramel qui chauffe dans une casserole sur un butagaz (si, si, je vous jure, c’est folklorique et pas hyper sécuritaire, c’est vrai), la dame vous met des bandes en tissus, et hop, elle tire. Maintenant, elles sont passées à la cire (« sir agda »), elles le vendent plus cher (car c’est plus cher à l’achat), mais elles sont si fières. Si elles savaient qu’en France, le nec plus ultra, hyper plus cher, c’est la cire orientale au sucre ? Le monde à l’envers + nous n’avons jamais été modernes, j’ai envie de dire (hors sujet). (dispositif Socio Technique à étudier un jour)
  • Les gens qui se lavent les mains tout le temps. Notamment après être allé aux WC. Et en arrivant dans une maison (vous arrivez de l’extérieur, la rue, c’est sale). Peut-être lié aux traditions musulmanes de lavage très consciencieux pour ne pas dire maniaque avant la prière ? Peut-être une explication aux non-épidémies de gastros ? (bon, ce dernier point devra être vérifié : si ça se trouve il y a autant de gastros qu’en France, mais que juste on en parle pas, ni entre collègues, ni à une soirée mondaine, ni à la télé).

(liste en perpétuelle évolution)

La France que je n’aime pas #TuLAimesOuTuLaQuittes

Avertissement : Cet article a été écrit en parallèle avec La France que j’aime. J’habite à Paris depuis août 1994, venue sur invitation (et bourse) du gouvernement français à faire une prépa maths-sup bio (pouah). J’ai été naturalisée en juillet 2008. J’ai été étudiante jusqu’en juin 2007 (no comment, hein), soumise à des autorisations de séjour provisoires (de 3 mois à 1 an, même avec un contrat de travail était de 3 ans), puis au régime salarié (autorisation obtenue après radio des poumons, journée d’accueil et tout –ridicule–) en 2008.

J’évite de parler ici de choses trop directement liées à des gouvernements spécifiques, comme les lois et les pratiques immondes concernant les sans-papiers, les immigrés et leurs enfants parfois français. J’ai essayé de ne parler que ce qui me paraissait plus généralement faire partie de la culture, de l’ambiance, de l’intemporel en France. Tentative illusoire, consciente de ses limites.

Enfin, les Français non-parisiens trouveront peut-être que je parle quand même surtout de Paris, ce biais n’est pas étonnant vu mon parcours, alors n’hésitez pas à commenter et à compléter.

  • L’arrogance des flics, de la police aux frontières, des garçons de café (ah non, eux ils méritent une ligne à part).
  • L’insupportable arrogance et le mauvais humour des garçons de café [à Paris]. Odieux avec les étrangers qui prononcent mal les noms des plats, capables de faire semblant de ne pas comprendre.
  • L’humour français tel qu’on le voit dans les films français, et autour de soi.
  • L’amour des jeux de mots et calembours, à l’écœurement. Les titres de l’Équipe, de Libé, du Canard.

3 Exemples de Libé :

  • Le fait que les filles/femmes doivent faire la bise aux garçons/hommes et aux filles/femmes même inconnus, même ceux qu’on ne reverra jamais, même ceux avec qui on n’a pas échangé un mot pendant la soirée, etc. J’ai déjà essayé de serrer la main, à mon arrivée à la fac le matin. On s’est moqué de moi : ça faisait candidate en campagne électorale. Les garçons ne sont tenus d’embrasser que les filles, c’est déjà ça en moins. [Remarque : en Turquie, on serre la main des gens qu’on ne connait pas, on embrasse très chaleureusement (pas l’air) les gens qu’on connait et aime]. Lire ce papier génial qui exprime tout ça en mieux.
  • Les Français qui se croient si facilement les meilleurs du monde. Même ceux qui n’ont pas quitté leur patelin.
  • Les touristes français croisés en Turquie, à New-York, à Berlin, wherever. Ils vous foutent la honte, souvent.
  • Les queues interminables qu’il faut faire chez lez boucher, au cinéma, à la boulangerie, au marché, à la pharmacie, partout, tout le temps.
  • Les gens qui ne savent pas faire la queue. OK, c’est pas mieux en Turquie, voire pire.
  • Le manque du sens du service y compris chez les commerçants ou agents d’information dont on pourrait penser que c’est le métier. L’exact opposé : en Turquie, à NY, en Allemagne.
  • L’esprit colonial qui traine encore. Considérer que la présence en Afrique est normale. Ou l’existence des DOM, des TOM, etc.
  • L’antisémitisme de la gauche (celle de la droite, je m’en fous, c’est normal). OK, ça doit être pareil ailleurs…
  • Le fait de ne pas oser parler de la mort et de certaines maladies, cette fausse (ou vraie) pudeur que je trouve parfois malsaine. L’expression « longue et douloureuse maladie » (pour cancer) en est un bon exemple, ou « fatigué » pour déprimer.
  • Le fait qu’on parle si facilement des gastros des uns et des autres dans un milieu professionnel. Découvert ça dans mon labo de thèse (= mon premier vrai boulot), je ne cesse de m’étonner 10 ans plus tard.
  • Le fait qu’on ne laisse pas sa place aux personnes âgées ni aux femmes enceintes ni aux personnes avec enfants dans les bus et métros [Paris].
  • La nationalisme, y compris quand on essaye de la déguiser sous forme de patriotisme qui serait soi-disant plus acceptable. Ça ne me change pas de la Turquie, pour le coup.
  • Les journalistes qui s’écrasent devant leurs invités à la télé ou à la radio. Je ne comprends pas cette complaisance, à leur place. Et non, ça ne date pas de l’époque Sarkozy, c’était pareil sous Mitterrand et Chirac.
  • Le boucan les soirs de matchs de foot ou de rugby. Les gens qui hurlent, les gens qui n’ont pas bougé le petit doigt et qui se permettent de dire « on a gagné ». OK, c’est pareil en Turquie.
  • Les grands-messes type Salon du Livre ou Salon de l’Agriculture. Le dernier mériterait un article à part entière « Pourquoi je n’aime pas le salon de l’agriculture ».
  • L’importance donnée aux prix littéraires dans la presse et dans l’esprit des gens. Ils en parlent aux infos même sur FIP (moins de 5 min d’infos, hein).
  • Le fait que la plupart des gens semble trouver ça normal de noyer les chatons (et les chiots ?) non désirés. Jamais entendu parler d’une telle horreur en Turquie, jamais envisagé que ça puisse exister « dans un pays civilisé ». « Mais alors que faire ? » me dit-on parfois ? Stériliser en amont (la France est un pays riche), s’en occuper, les placer chez des gens, les nourrir dans la rue (comme à Istanbul ou à Rome), mais surtout ne pas trouver ça normal ni faisable.
  • Les voies de communication en étoile, tous les chemins qui passent par Paris. Conséquences inévitables : galères de déplacement entre les banlieues (RER) et entre les villes (en train). Par la route, je ne sais pas si c’est mieux.
  • Les classes prépas et les grandes écoles. La sélection sur les maths. Le fait que ces compétences très particulières et partielles démontrées vers 20 ans servent à classer les gens jusqu’à la fin de leurs jours. L’esprit de corps, le corporatisme.
  • L’ordre des médecins. Tous les ordres, peut-être. Et peut-être dans tous les pays, d’ailleurs.
  • Le défilé militaire du 14 juillet et l’attachement des Français à ça.
  • Le pays qui marche au rythme des vacances scolaires. Les cours de gym qui s’arrêtent, la cantine d’entreprise qui ferme plus tôt, les boulangeries qui n’ouvrent même pas. Comme si tout le monde marchait à ce rythme. Je parle même pas du mois d’Aout.
  • L’école qui est là pour écrabouiller les individualités et l’esprit critique, pas là pour l’épanouissement et le bonheur des enfants. D’après de nombreux témoignages, et études comparées.
  • La méfiance vis-à-vis des jeunes, à la fac et ailleurs (pas dans les grandes écoles, apparemment, où on leur répète qu’ils sont l’élite de la nation –et ils ont bien raison).
  • L’opposition scolaire entre « littéraires » et « scientifiques ».
  • La pression mise sur les jeunes pour avoir un CV bien linéaire. La défiance face à l’original.
  • La suppression des bancs publics [à Paris]. Sous la pression des habitants sur les mairies, sous prétexte que des clochards dorment dessus. Je HAIS ça. Oui, le mot est violent mais assumé.
  • Le mobilier urbain anti-clochard dans le métro [à Paris]. Même chose que précédemment. En habituant les gens à ça, on prépare des fascistes, je pense.
  • Le massacre à la tronçonneuse des arbres [à Paris]. De la taille non adaptée, excessive, à des moments mal choisis. Sous des prétextes fallacieux, toujours différents (oui, je discute souvent avec les gars chargés de le faire). Des horreurs d’arbres amputés, des rangées de moignons alignés, de formes carré ou rectangle, tristes à mourir, hantent les villes et les cours de recré.
  • Les jardins à la française. Alors que le jardin à l’anglaise ça existe, et c’est si délicieusement plus beau : (photos piquées aux pages wikipedia citées, le Jardin du Luxembourg à Paris et le Jardin des Plantes d’Angers)

  • Le laïcisme militant de certains qui semble n’avoir pas compris que la laïcité, c’est juste un État qui ne voit pas les religions de gens, et non pas un État qui impose une tenue aux femmes.
  • L’absence d’escalators et d’ascenseurs dans plein de stations de métro [Paris]. Dont les stations des lignes desservant les gares et les aéroports. Dont même les stations des gares elles-mêmes. Sans parler des doubles puis triple protection anti-fraude installés durant les 30 dernières années. Voir les têtes décontenancées des touristes, les plaindre. Dans la 5e puissance du monde, 1ere destination touristique mondiale.
  • Le fait qu’on se mette que si récemment à mettre des systèmes qui permettent à des gens en chaises roulantes de prendre le bus [Paris]. Aller faire un tour en Suède, et se demander si le pays a subi une attaque nucléaire pour avoir autant de handicapés moteur (et de vieux) dans les rues. Comprendre que c’est juste que là-bas, ils ne sont pas enfermés chez eux, ils sont dans la ville avec tout le monde !
  • Dire demi-douzaine au lieu de 6. Inutilement pompeux et lourd. [14 mars, suite à mail reçu, que l’auteur ne m’en veuille pas]
  • La capacité à boire aussi facilement du mauvais vin tout en produisant les meilleurs. Râler contre la qualité du vin, faire semblant de s’y connaître (en cantine ou congrès scientifique). En redemander.
  • Ne pas facilement inviter à manger/prendre le thé à la maison (je n’ai jamais été en milieu pro en Turquie, mais je ne peux croire que ce soit comme ici face à une personne étrangère qui n’a pas de famille en ville).
  • Trouver de l’Evian dans tous les restos, très cher, mais jamais de Volvic. La faute aux circuits de distribution, à la puissance de Danone, sans doute.
  • Devoir se battre dans les cafés et restos pour avoir une carafe d’eau (parfois juste un verre d’eau).
  • Les Français qui disent sans entendre la bêtise de leurs mots « Faire un pays/une région » : « J’ai déjà fait le Vietnam, cette année je fais le Cambodge », « Nous avons fait le Canada », etc. Oui mais non, les mots ont un sens. Consolation : je ne suis pas la seule à être allergique à cette façon de parler. [29 avril 2013, pensé depuis au moins 5 ans]

(liste en perpétuelle révision évolution. Non, ce n’est pas traçable, si vous avez une meilleure solution, partagez-la)

Des prénoms à la mode en Turquie ?

Par Elifsu Sabuncu et Baptiste Coulmont (billet publié en même temps sur les deux blogs)

L’INSEE turc Turkish Statistical Institute met à disposition deux fichiers donnant le rang des 100 premiers prénoms, depuis 19501.

La belle longévité de certains prénoms, la mort d’autres

Certains prénoms connaissent une belle longévité : Zeynep, prénom féminin, est dans le «top 10» de 1950 à 2010 ; Mehmet, prénom masculin, est presque constamment le prénom le plus donné. On le voit assez facilement dans le graphique suivant, qui donne le rang de quatre prénoms masculins et quatre prénoms féminins depuis 1950 en Turquie.

Mais cette image de grande stabilité est trompeuse. On voit déjà que Elif, prénom féminin, connaît un succès grandissant, et que Hasan, prénom classique, a tendance être de moins en moins donné (relativement aux autres).

Et l’on pourrait tout aussi bien, comme nous le faisons dans le graphique suivant, insister sur les abandons. Certains prénoms, très populaires dans les années 1950, quittent le palmarès, abandonnés par les parents, qui ne nomment plus leur fille, ni leur garçon, ainsi.

Ainsi Serife disparaît du «top 100» avant 2000, et Bayram, prénom masculin, un peu après 2000. Visiblement, tous les grands-pères et toutes les grands-mères n’arrivent pas à transmettre leurs prénoms. En Turquie comme en France, les prénoms des vieux ne sont plus toujours les prénoms des plus jeunes.

Sous la stabilité, de nombreux mouvements

Les abandons (c’est à dire des prénoms qui passent sous la barre du 100e rang) sont très fréquents. Pour les filles : seuls 12 prénoms dans le «top 100» de 1950 sont encore présents dans le «top 100» en 2010 : Zeynep, Elif, Zehra, Fatma, Meryem, Ayşe, Medine, Hatice, Rabia, Emine, Melek, Esma. Les 88 autres prénoms de 2010 sont des prénoms « neufs » (ou peut-être, comme en France, d’anciens prénoms revenus au goût du jour2). Il en va de même pour les garçons, même si les changements sont un peu moins rapides (En 2010, il reste encore 29 prénoms présents en 1950, Yusuf, Mustafa, Mehmet, Ahmet, Ömer, Ali, Ibrahim, Hüseyin, Hasan, Ismail, Hamza, Abdullah, Ramazan, Murat, Mehmet-Ali, Salih, Yakup, Osman, Kadir, Bilal, Halil, Mehmet-Emin, Abdülkadir, Halil-Ibrahim, Süleyman, Musa, Adem, Mahmut et Isa).

Cette première différence entre garçons et filles est importante : en Turquie, tout comme dans les autres pays européens pour lesquels l’on dispose de données, les prénoms des filles se renouvellent plus vite que les prénoms des garçons. Les parents turcs en Turquie, aussi bien que ceux nés en Turquie mais immigrés en Allemagne ou en France, se permettent de donner aux filles des prénoms ayant une « carrière culturelle » plus courte que celle des prénoms masculins. Il y a plus d’inertie associée aux prénoms donnés aux garçons.

Si des prénoms disparaissent, il faut bien que d’autres les remplacent. Et ils ne sont pas remplacés par des prénoms aussi « classiques ». Les Turcs ont bien l’équivalent de nos « Martine » (1950-1960), « Aurélie » (1980-1990) ou « Manon » (1990-2000), prénoms générationnels qui connaissent un engouement très rapidement suivi par un désintérêt.

Le graphique montre bien le succès éphémère de quelques prénoms : Tuǧba pour les filles, ou Emrah pour les garçons ne restent pas longtemps au sommet du classement. Un prénom comme Sıla semble arriver de nulle part et disparaître aussi vite : il semble lié à la diffusion d’une série de télévision du même titre, dans lequelle une pauvre fille est recueillie par une famille riche d’Istanbul (vidéo ici)

Certains prénoms, qui se trouvent dans le «top 10» en 2009, n’ont que quelques années de popularité réelle : Ecrin (qui viendrait de l’arabe, et qui se prononce «edjrine»), Irem, Merve, Yaǧmur, Eylül et Nisanur pour les filles, Yiǧit ou Arda pour les garçons.

De la mode, donc !

Le cas turc est intéressant. L’étude des variations temporelles de la popularité des prénoms s’est appuyée sur les exemples de pays comme les Etats-Unis, la France, les Pays-Bas… pour lesquels un état civil ancien permettait de repérer des phénomènes de mode. Rares sont les travaux à avoir essayé d’observer les mêmes phénomènes dans des pays, disons «extérieurs au G7». Dans les études portant sur les conséquences de la migration sur le choix des prénoms, il est parfois écrit que les prénoms des immigrés et de leurs enfants sont « traditionnels », comme si, dans « leurs pays », il n’y avait que « tradition ».

This corresponds to the results of Lieberson (2000), and Sue and Telles (2007), who have reported a higher use of more traditional (ethnic) first names for boys than for girls in Mexican-American families. This gender difference in naming is not easy to interpret. One possibility is that parents want traditions to be continued primarily by their male offspring.

Becker, B. [2009], Immigrants’ emotional identification with the host society. Ethnicities, 9[2],  p.200-225.

Oftentimes, ethnic groups voluntarily give up their traditional first names and adopt names of the dominant ethnic group without state intervention.

Gerhards, J. & Hans, S. [2009], From Hasan to Herbert: Name-Giving Patterns of Immigrant Parents between acculturation and Ethnic Maintenance. American Journal of Sociology, 114[4], p.1102-1128.

De ce fait, il est implicitement sous-entendu que les pays à majorité musulmane (ou, plus largement, les pays d’émigration) auraient des « prénoms traditionnels » (Ali, Mohamed, Fatima…), qui, en plus, seraient hérités de (grand-)père à (petit-)fils. Ces pays ne connaîtraient pas la mode… et le fait de porter des prénoms ressemblant à des prénoms « musulmans » serait une preuve d’attachement à des « traditions ».

De rares travaux ont montré que ce n’était pas le cas, la mode n’est pas une spécificité occidentale. Et l’on peut, en cherchant bien, disposer maintenant de données statistiques au niveau national, qui le prouvent.

Peut-on repérer autre chose ?

Accessoirement, les données turques permettent d’autres interprétations. Par exemple, le succès récent de Muhammed (que l’on voit dans le graphique précédent), semble remplacer Mehmet. Si l’on fait l’hypothèse que Mehmet, forme turquisée de “Mohamed », pouvait être lié au nationalisme des parents (préférant des prénoms “turcs » pour leurs enfants), alors on peut supposer que Muhammed est donné par des parents plus islamistes que nationalistes (ou trouvant désuet le recours à une forme éloignée de l’arabe).

Un premier classement des prénoms origine etymologique (« arabe », « turc », « persan »…) donne des résultats incertains (ci-dessous, pour les prénoms des filles). Les prénoms « turcs » (en bleu) ont tendance à être de moins en moins nombreux dans le « top 100 », alors que les prénoms « arabes » se maintiennent. Apparaît très visible, en revanche, l’augmentation du nombre de prénoms « difficiles à classer », prénoms neufs ou sans ancrage.

Sources et bibliographie
Données turques :
http://tuik.gov.tr/PreIstatistikTablo.do?istab_id=1331
#filles
et
http://tuik.gov.tr/PreIstatistikTablo.do?istab_id=1332
#garçons

Aslan, S. [2009], Incoherent State: The Controversy over Kurdish
Naming. European Journal of Turkish Studies, [10]. Available at: http://ejts.revues.org/index4142.html
[Consulté août 16, 2011].

Bulliet, R.W. [1978], First Names and Political Change in Modern
Turkey. International Journal of Middle East Studies, 9[4], p.489-495.

Borrmans, M. [1968], Prénoms arabes et changement social en Tunisie.
IBLA, revue de l’Institut des Belles Lettres Arabes, 121, p.97-112.

Notes
1 Ces données ne représentent pas directement les naissances, mais les personnes nées une année donnée, et encore vivantes vers 2009. Nous allons faire ici comme si ces données étaient assez fidèles aux naissances.
2 Mais pour le savoir, il faudrait disposer de données remontant aux siècles précédents. Les spécialistes d’histoire turque nous renseigneront en commentaire.

Le soir du 10 mai 1981 : que reste-t-il 30 ans après ?

extrait d’ici

Vous vous souvenez de cette fête ? Des feux d’artifice (ou juste des pétards ?) ?

Moi j’avais 5 ans et j’y étais avec ma mère et ma marraine Cécile. Et vous ?