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Message à la communauté enseignante de Sciences Po #pigeonsdevacataires

Voilà le mail reçu (il est en ligne ici) :

Les liens des réponses de Sciences Po : Introduction, 1ère et 2ème parties, 3ème partie.

Je n’ai pas eu le temps de vous détailler toutes les mésaventures que j’ai eues avec Sciences Po Paris depuis que j’y enseigne, j’en ai évoquées certaines sur twitter, mais la seule chose qui m’intéresse, car c’est la seule chose que je connais, c’est le scandale des vacations : l’institution repose sur un pool de volontaires attirés par le prestige de Sciences Po Paris qui sont prêts à accepter n’importe quelle condition pour y enseigner.

Ce qui ne peut que perpétuer le modèle. Et je le dis alors que j’ai fait partie du système. Tu crois toujours que tu vas pouvoir changer quelque chose quand tu es à l’intérieur. Et que tu connais bien le directeur scientifique. Mais en fait, non.

Ça commence à se voir par les étudiants : depuis qu’ils payent et grâce à la mobilité, ils comprennent qu’on se fout de leur gueule, qu’on brade tout, qu’on fait au moins cher. Ils me le disent quand je croise parfois des anciens.

Si un jour j’ai le temps, j’essayerai de détailler. Mais je n’y crois pas trop. Et vous non plus 😉

Quelques réflexions au sujet des devoirs de Sciences Po

Voici quelques réflexions que j’ai eu pendant la correction de 3 devoirs, deux questions rapides et un paper à faire à la maison, et que je viens d’envoyer à mes étudiants par mail.

Il s’agit du cours Grands enjeux scientifiques du début du 21e siècle de Jean-Yves Le Déaut et Geneviève Fioraso de l’office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques, que M.Le Déaut menait seul depuis 7 ans environ, un cours qui s’adresse à  80 étudiants de 2ème année. C’est un des cours « Humanité » qu’ils doivent choisir parmi un des 3 cours « scientifique » – les énergies, le cours d’Hervé This (« cours bizarre », m’ont dit les miens) – ou « littéraire » – »colors & culture » (hein ? ), « patrimoine » ou « métaphysique ».

Question 1 : A partir d’un ou deux exemples précis, indiquez votre appréciation sur l’évolution des rapports entre sciences, technologie, et politique en Europe. (15 lignes maximum) (notes obtenues : de 4 à 8 sur 10)

Le lieu commun le plus souvent rencontré a été de dire que les rapports entre sciences et politiques étaient « de plus en plus étroits » ces derniers temps, avec quelques variations dans les termes. La preuve donnée étant l’adoption du principe de précaution…Croisé également que l’influence de la politique est très importante sur la science par la législation « sinon ça serait n’importe quoi » (en gros). Et l’influence inverse ? Et l’usage d’arguments scientifiques ou scientistes dans des contextes politiques ?

J’ai pourtant aussi lu « le désintérêt pour la science caractérise notre époque ». Soyons sérieux, les amis. Essayons d’être précis dans les termes, et ne pas balancer ce qu’on croit être des évidences sans aucun recul ni forme d’analyse.

Évidemment, je préférais voir parler d’une « dépendance réciproque entre science et politique », approche beaucoup plus latourienne, et qui me parait de bon sens : les influences unidirectionnelles, c’est rare, et c’est toujours plus prudent de vérifier les deux directions avant de conclure. Dit par un autre étudiant, ça a donné « la science a besoin de politique (régulation…) et la politique de la science (expertise…) ». Et un autre questionne l’ « apparence » de deux sphères séparées, « jadis ». Recul, réflexivité, questionnement, on avance.

De même, sur le rapport entre la société et certains de ses membres (les chercheurs), c’était intéressant de remarquer qu’on peut parler de deux mouvements opposés : confiance et défiance, et tenter de les analyser.

Les exemples choisis couramment étaient : l’amiante, le sang contaminé, les OGM, les lois de bioéthique, le nucléaire, les nanos, le climat.

Vous avez beaucoup parlé du principe de précaution. J’étais très étonnée de lire dans une copie l’idée que ce serait les chercheurs qui auraient imposé (sic !) ce principe. Ça me parait difficile à illustrer…et difficile à expliquer/comprendre. Une forme d’anachronisme consistait à dire que c’est le principe de précaution qui avait fait de la science une question politique.

Je ne peux que vous encourager à lire le tout petit mais hyper dense et clair ouvrage de Dominique Pestre « Science argent et politique ».

Question 2 : À partir de l’exemple des lois françaises de bioéthique, dites s’il est nécessaire de légiférer en fonction de l’évolution des connaissances. Les lois de bioéthique doivent-elles révisées régulièrement ? (15 lignes maximum) (notes obtenues : de 4 à 9)

J’ai été hyper déçue de ne voir quasiment qu’un seul type de réponse : « Ah bah oui, il faut réviser souvent les lois de bioéthique, pour s’adapter aux progrès biomédicaux qui sont rapides ». Je vous la fais rapide, mais vous voyez ce que je veux dire. Aucun problème, la réponse est oui, et il y a plein d’exemples qui le prouvent, comme la vitrification des ovocytes ou les tests génétiques de dépistage. Mais si on vous pose la question, on peut se dire qu’on peut creuser un peu, non ? Essayer d’aller au-delà de l’évidence ? Regarder derrière, en dessous, au dessus, tourner l’objet dans tous les sens, le secouer un peu. Exercice intellectuel fertile, je pense. Juste pour voir si on tombe sur un truc un peu étonnant, paradoxal, perturbant.

Avant de commencer à lire vos copies, je m’étais posé moi-même la question. Peut-on trouver des contre-arguments à une révision régulière ? Est-ce vraiment justifié de dire que ces lois doivent être révisées régulièrement pour rester en accord avec la société…mais pas les autres lois qui règlent les relations entre les personnes, les entreprises et les États ? Rien ne bouge jamais dans tous ces domaines-là ? Come on ! Et ces révisions régulières suffisent-elle à garantir l’adéquation avec la société ?

Heureusement quelques étudiants sont allés au-delà de cette apparente évidence, ont nuancé, ajouté, discuté.

Oui, il faut réviser régulièrement, mais…

-… le rythme actuel de ces lois pourtant moquées de « biodégradables » n’est pas suffisant par rapport à la vitesse de mise à disposition des avancées scientifiques

-… pour une autre bonne raison de faire des révisions régulières (autre que les progrès prodigieux du domaine biomédical, donc) : c’est une façon de maintenir actif le débat sur ces sujets.

Et puis réviser régulièrement n’est pas suffisant, voire contre-productif :

– vu la non-ampleur de la révision de 2011 (« a minima »), ce n’était finalement pas tellement nécessaire, mais plutôt symbolique, ce ne sont pas les progrès scientifiques qui déterminent les révisions

– les révisions régulières ne constituent pas une garantie d’adéquation avec la société. Comment savoir ce que l’opinion publique souhaite ? Comment ne pas être trop influencé par les groupes de pression et lobbies ?

– pire, ça peut être source d’incertitude et d’inconfort, perdre en lisibilité pour les chercheurs et pour le public général.

Mais alors que faire ?

Un/e étudiant/e a conclu sur le fait que l’enjeu était de faire un compromis entre la protection des personnes et la recherche (qui in fine sert aux personnes).

Ces étudiants ont sans doute réussi à s’étonner du sujet, et ne pas foncer la tête la première dans la réponse qui leur parait évidente. Une bonne façon d’aborder les études et la vie, je dirais.

Dernier point qui me chagrine : j’ai lu dans une copie « S’il n’y avait pas de lois, les chercheurs n’auraient aucune contrainte, aucune limite, aucun interdit, ce qui pourrait être néfaste pour l’homme ». Vous ne pensez pas tous ça, rassurez-moi ?

Le paper : La globalisation des processus d’innovation et la mondialisation des développements technologiques contribuent-ils à réduire ou à accroître les écarts économiques et sociaux dans le monde ? Vous traiterez ce sujet selon le plan qui vous paraît le plus judicieux en vous appuyant sur des exemples précis. Le mémoire ne doit pas dépasser 15 pages dactylographiées. Il doit notamment la définition de l’innovation, les principaux champs thématiques d’application, les effets et conséquences du progrès scientifique et technologique, les freins à l’innovation, les modes de gouvernance et le recours à l’expertise, la différence de perception au niveau international des questions relatives aux risques et à la précaution.

Notes obtenues : de 15 à 27 sur 30.

Concernant les papers, je ne ferai pas trop de remarques ici sur le fond. En gros, il ne fallait pas, selon moi, oublier de traiter certains aspects du sujet (je suis d’accord, le sujet était hyper large…). Ont le plus souvent été oubliées les questions de perception des risques et d’expertise…ainsi que parfois la définition même de l’innovation.

C’était bien aussi de ne pas parler uniquement d’économie, mais penser au développement social.

Également, ne pas oublier de traiter les inégalités entre les pays et celles au sein même des pays.

Le plan le plus simple et donc le plus courant a été de traiter d’un côté en quoi les innovations technologiques étaient facteurs d’inégalités, et d’un autre, en quoi ces mêmes innovations pouvaient participer à combattre les inégalités. Mais quelques plans plus originaux se sont fait remarquer. Je n’ai pas attribué de grande importance aux plans, ce n’est pas un cours de méthodo. J’étais surprise et contente de voir que le célèbre plan en deux parties n’était finalement pas une crispation chez les étudiants.

Dans la forme, je tiens à vous faire quelques remarques, car après tout, je ne sais pas si on vous enseigne tout ça (j’ai demandé sur twitter, j’ai eu des avis divergents…). Je ne vais signaler ici que les erreurs que j’ai vues le plus couramment.

Tout d’abord, le format des devoirs. Sur 38 devoir reçus, il y avait seulement 17 documents en format PDF, 20 devoirs sous des formats Word (5 .doc et 15 .docx), et 1 devoir en 2 versions : .pdf et .docx (#principedeprécaution). Le problème d’envoyer un fichier Word n’est pas seulement de faire l’hypothèse que j’ai acheté (ou piraté, pas mieux) ce logiciel propriétaire pour le lire (on est d’accord qu’en pratique, ce pari est peu risqué), mais il ne s’agit pas que de ça. Toujours préférer les formats ouverts et libres. Les raisons sont . Lire aussi mon ami Bastien Guerry icipour élever un peu le débat.

Un truc de base : on ne met pas de point à la fin d’un titre. Que vous utilisiez des phrases avec un verbe conjugué dans vos titres ou pas, essayez de vous y tenir pour l’ensemble du devoir, dans un souci de cohérence et parce que c’est plus agréable à lire. Évitez les titres trop alambiqués (et d’une manière générale, les phrases trop alambiquées).

Les références de bas de page ne sont pas indispensables mais très pratiques et très bien vues. Donc apprenez à vous en servir sans plus tarder. Les notes de bas de page ne dispensent pas de bibliographie en fin de devoir. Toutes les références citées dans le texte doivent être précisées (auteur, titre de l’ouvrage ou de l’article, date, etc.). Je vous conseille à cet usage d’utiliser Zotero, outil libre et facile de gestion et partage de bibliographie.

Il manquait parfois des phrases/paragraphes de transition ainsi que des phrases de conclusions provisoires : n’ayez pas peur d’être lourd, ça facilite amplement la lecture et permet de suivre votre raisonnement.

Numéroter les pages de son devoir, c’est bien pratique aussi.

Le texte de vos devoirs doit être justifié et non pas aligné à gauche (je n’ai pas vu d’alignement à droite, dieu merci). Ne me demandez pas pourquoi, c’est comme ça.

Toutes les figures insérées dans votre devoir doivent être numérotées, avoir un titre, une source et si possible une petite légende. Je suis très favorable à l’usage de tableau/cartes/schémas dans les devoirs, mais il ne suffit pas de les insérer, il faut y faire référence dans le texte, l’exploiter, sinon, ça ne sert qu’à faire joli et remplir de l’espace.

D’une façon générale, tout ce que vous affirmez doit être argumenté et sourcé. Les sources ne sont pas que les livres et les articles, vous avez pu citer d’autres cours que vous avez eu, et c’était très bien.

J’ai valorisé les exemples nombreux, précis, pertinents et bien exploités (savoir en tirer quelque chose de plus général). À vous lire, on dirait qu’on vous apprend à Sciences Po à soigner l’incipit, et c’est assez agréable à lire. De même, vous avez souvent fait un effort d’ouverture dans la conclusion, et c’est très bien.

Pour en savoir plus et pour bien écrire, il y a beaucoup de ressources sur internet, voici quelques suggestions :

Sur la typo :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Typographie

http://www.typographie.images-en-france.fr/

http://www.guide-typographie.com/index.htm

http://jacques-andre.fr/faqtypo/lessons.pdf

Sur les sources et notes de bas de page (c’est un sujet compliqué, mais commencez simple) :

http://www.unige.ch/biblio/ses/pop_ressources_itineraire_citations.html

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