Avertissement : Cet article a été écrit en parallèle avec La France que j’aime. J’habite à Paris depuis août 1994, venue sur invitation (et bourse) du gouvernement français à faire une prépa maths-sup bio (pouah). J’ai été naturalisée en juillet 2008. J’ai été étudiante jusqu’en juin 2007 (no comment, hein), soumise à des autorisations de séjour provisoires (de 3 mois à 1 an, même avec un contrat de travail était de 3 ans), puis au régime salarié (autorisation obtenue après radio des poumons, journée d’accueil et tout –ridicule–) en 2008.
J’évite de parler ici de choses trop directement liées à des gouvernements spécifiques, comme les lois et les pratiques immondes concernant les sans-papiers, les immigrés et leurs enfants parfois français. J’ai essayé de ne parler que ce qui me paraissait plus généralement faire partie de la culture, de l’ambiance, de l’intemporel en France. Tentative illusoire, consciente de ses limites.
Enfin, les Français non-parisiens trouveront peut-être que je parle quand même surtout de Paris, ce biais n’est pas étonnant vu mon parcours, alors n’hésitez pas à commenter et à compléter.
- L’arrogance des flics, de la police aux frontières, des garçons de café (ah non, eux ils méritent une ligne à part).
- L’insupportable arrogance et le mauvais humour des garçons de café [à Paris]. Odieux avec les étrangers qui prononcent mal les noms des plats, capables de faire semblant de ne pas comprendre.
- L’humour français tel qu’on le voit dans les films français, et autour de soi.
- L’amour des jeux de mots et calembours, à l’écœurement. Les titres de l’Équipe, de Libé, du Canard.
3 Exemples de Libé :

- Le fait que les filles/femmes doivent faire la bise aux garçons/hommes et aux filles/femmes même inconnus, même ceux qu’on ne reverra jamais, même ceux avec qui on n’a pas échangé un mot pendant la soirée, etc. J’ai déjà essayé de serrer la main, à mon arrivée à la fac le matin. On s’est moqué de moi : ça faisait candidate en campagne électorale. Les garçons ne sont tenus d’embrasser que les filles, c’est déjà ça en moins. [Remarque : en Turquie, on serre la main des gens qu’on ne connait pas, on embrasse très chaleureusement (pas l’air) les gens qu’on connait et aime]. Lire ce papier génial qui exprime tout ça en mieux.
- Les Français qui se croient si facilement les meilleurs du monde. Même ceux qui n’ont pas quitté leur patelin.
- Les touristes français croisés en Turquie, à New-York, à Berlin, wherever. Ils vous foutent la honte, souvent.
- Les queues interminables qu’il faut faire chez lez boucher, au cinéma, à la boulangerie, au marché, à la pharmacie, partout, tout le temps.
- Les gens qui ne savent pas faire la queue. OK, c’est pas mieux en Turquie, voire pire.
- Le manque du sens du service y compris chez les commerçants ou agents d’information dont on pourrait penser que c’est le métier. L’exact opposé : en Turquie, à NY, en Allemagne.
- L’esprit colonial qui traine encore. Considérer que la présence en Afrique est normale. Ou l’existence des DOM, des TOM, etc.
- L’antisémitisme de la gauche (celle de la droite, je m’en fous, c’est normal). OK, ça doit être pareil ailleurs…
- Le fait de ne pas oser parler de la mort et de certaines maladies, cette fausse (ou vraie) pudeur que je trouve parfois malsaine. L’expression « longue et douloureuse maladie » (pour cancer) en est un bon exemple, ou « fatigué » pour déprimer.
- Le fait qu’on parle si facilement des gastros des uns et des autres dans un milieu professionnel. Découvert ça dans mon labo de thèse (= mon premier vrai boulot), je ne cesse de m’étonner 10 ans plus tard.
- Le fait qu’on ne laisse pas sa place aux personnes âgées ni aux femmes enceintes ni aux personnes avec enfants dans les bus et métros [Paris].
- La nationalisme, y compris quand on essaye de la déguiser sous forme de patriotisme qui serait soi-disant plus acceptable. Ça ne me change pas de la Turquie, pour le coup.
- Les journalistes qui s’écrasent devant leurs invités à la télé ou à la radio. Je ne comprends pas cette complaisance, à leur place. Et non, ça ne date pas de l’époque Sarkozy, c’était pareil sous Mitterrand et Chirac.
- Le boucan les soirs de matchs de foot ou de rugby. Les gens qui hurlent, les gens qui n’ont pas bougé le petit doigt et qui se permettent de dire « on a gagné ». OK, c’est pareil en Turquie.
- Les grands-messes type Salon du Livre ou Salon de l’Agriculture. Le dernier mériterait un article à part entière « Pourquoi je n’aime pas le salon de l’agriculture ».
- L’importance donnée aux prix littéraires dans la presse et dans l’esprit des gens. Ils en parlent aux infos même sur FIP (moins de 5 min d’infos, hein).
- Le fait que la plupart des gens semble trouver ça normal de noyer les chatons (et les chiots ?) non désirés. Jamais entendu parler d’une telle horreur en Turquie, jamais envisagé que ça puisse exister « dans un pays civilisé ». « Mais alors que faire ? » me dit-on parfois ? Stériliser en amont (la France est un pays riche), s’en occuper, les placer chez des gens, les nourrir dans la rue (comme à Istanbul ou à Rome), mais surtout ne pas trouver ça normal ni faisable.
- Les voies de communication en étoile, tous les chemins qui passent par Paris. Conséquences inévitables : galères de déplacement entre les banlieues (RER) et entre les villes (en train). Par la route, je ne sais pas si c’est mieux.
- Les classes prépas et les grandes écoles. La sélection sur les maths. Le fait que ces compétences très particulières et partielles démontrées vers 20 ans servent à classer les gens jusqu’à la fin de leurs jours. L’esprit de corps, le corporatisme.
- L’ordre des médecins. Tous les ordres, peut-être. Et peut-être dans tous les pays, d’ailleurs.
- Le défilé militaire du 14 juillet et l’attachement des Français à ça.
- Le pays qui marche au rythme des vacances scolaires. Les cours de gym qui s’arrêtent, la cantine d’entreprise qui ferme plus tôt, les boulangeries qui n’ouvrent même pas. Comme si tout le monde marchait à ce rythme. Je parle même pas du mois d’Aout.
- L’école qui est là pour écrabouiller les individualités et l’esprit critique, pas là pour l’épanouissement et le bonheur des enfants. D’après de nombreux témoignages, et études comparées.
- La méfiance vis-à-vis des jeunes, à la fac et ailleurs (pas dans les grandes écoles, apparemment, où on leur répète qu’ils sont l’élite de la nation –et ils ont bien raison).
- L’opposition scolaire entre « littéraires » et « scientifiques ».
- La pression mise sur les jeunes pour avoir un CV bien linéaire. La défiance face à l’original.
- La suppression des bancs publics [à Paris]. Sous la pression des habitants sur les mairies, sous prétexte que des clochards dorment dessus. Je HAIS ça. Oui, le mot est violent mais assumé.
- Le mobilier urbain anti-clochard dans le métro [à Paris]. Même chose que précédemment. En habituant les gens à ça, on prépare des fascistes, je pense.
- Le massacre à la tronçonneuse des arbres [à Paris]. De la taille non adaptée, excessive, à des moments mal choisis. Sous des prétextes fallacieux, toujours différents (oui, je discute souvent avec les gars chargés de le faire). Des horreurs d’arbres amputés, des rangées de moignons alignés, de formes carré ou rectangle, tristes à mourir, hantent les villes et les cours de recré.
- Les jardins à la française. Alors que le jardin à l’anglaise ça existe, et c’est si délicieusement plus beau : (photos piquées aux pages wikipedia citées, le Jardin du Luxembourg à Paris et le Jardin des Plantes d’Angers)


- Le laïcisme militant de certains qui semble n’avoir pas compris que la laïcité, c’est juste un État qui ne voit pas les religions de gens, et non pas un État qui impose une tenue aux femmes.
- L’absence d’escalators et d’ascenseurs dans plein de stations de métro [Paris]. Dont les stations des lignes desservant les gares et les aéroports. Dont même les stations des gares elles-mêmes. Sans parler des doubles puis triple protection anti-fraude installés durant les 30 dernières années. Voir les têtes décontenancées des touristes, les plaindre. Dans la 5e puissance du monde, 1ere destination touristique mondiale.
- Le fait qu’on se mette que si récemment à mettre des systèmes qui permettent à des gens en chaises roulantes de prendre le bus [Paris]. Aller faire un tour en Suède, et se demander si le pays a subi une attaque nucléaire pour avoir autant de handicapés moteur (et de vieux) dans les rues. Comprendre que c’est juste que là-bas, ils ne sont pas enfermés chez eux, ils sont dans la ville avec tout le monde !
- Dire demi-douzaine au lieu de 6. Inutilement pompeux et lourd. [14 mars, suite à mail reçu, que l’auteur ne m’en veuille pas]
- La capacité à boire aussi facilement du mauvais vin tout en produisant les meilleurs. Râler contre la qualité du vin, faire semblant de s’y connaître (en cantine ou congrès scientifique). En redemander.
- Ne pas facilement inviter à manger/prendre le thé à la maison (je n’ai jamais été en milieu pro en Turquie, mais je ne peux croire que ce soit comme ici face à une personne étrangère qui n’a pas de famille en ville).
- Trouver de l’Evian dans tous les restos, très cher, mais jamais de Volvic. La faute aux circuits de distribution, à la puissance de Danone, sans doute.
- Devoir se battre dans les cafés et restos pour avoir une carafe d’eau (parfois juste un verre d’eau).
- Les Français qui disent sans entendre la bêtise de leurs mots « Faire un pays/une région » : « J’ai déjà fait le Vietnam, cette année je fais le Cambodge », « Nous avons fait le Canada », etc. Oui mais non, les mots ont un sens. Consolation : je ne suis pas la seule à être allergique à cette façon de parler. [29 avril 2013, pensé depuis au moins 5 ans]
(liste en perpétuelle révision évolution. Non, ce n’est pas traçable, si vous avez une meilleure solution, partagez-la)